Yolande

Auxiliaire de vie (Gironde)

« Je ne sais pas ce que va devenir ma vie, je suis dans le flou total. »

Yolande, 54 ans, célibataire, elle vit seule. Elle était auxiliaire de vie depuis deux ans. Suspendue, elle est actuellement en arrêt maladie.

Au tout début de la crise, vu la façon dont les médias ont annoncé la première vague, j’ai pris peur comme beaucoup de monde. J’ai donc exercé mon droit de retrait. Au bout de deux mois je me suis rendue compte qu’il fallait que je me mette sur le pied de guerre comme on dit et j’ai repris le travail malgré des conditions plus que limites. Nous avions des masques FFP1 qui ne protègent pas de la contamination, des tabliers non homologués… en résumé le personnel n’était pas particulièrement protégé. Certes il y avait des consignes mais le plus souvent inadaptées. Quand on travaille à domicile, on est très proche des personnes âgées qui ne comprennent pas toujours qu’il faut avoir du recul et prendre de la distance avec elles. Ce sont des personnes qui sont très tactiles, qui ont besoin de vous toucher, parfois de vous embrasser. Appliquer les consignes dans ces conditions devient très vite compliqué.

Nous n’avons pas beaucoup de contacts entre collègues de travail et dans cette période de crise sanitaire nous en avions encore moins. Il n’y a pas eu de réunion d’information du personnel et la distanciation physique qu’il fallait observer ne favorisait pas les échanges. A ma connaissance, personne n’a été rejeté par d’autres collègues. Par la suite, sur une quarantaine d’employés nous n’avons été que deux à ne pas vouloir nous faire vacciner. Nous sommes restées très proches toutes les deux. On se soutient mutuellement, on s’appelle tous les jours car notre situation n’est pas évidente à vivre au quotidien, ce d’autant plus que tout se déroule dans l’indifférence générale.

Nous avons très mal vécu l’indifférence de la population. Nous, les auxiliaires de vie, sommes du personnel qui faisons « les trois en un ». Nous prenons soins des personnes âgées. Seules le plus souvent, elles ont parfois perdu leurs enfants ou ceux-ci ne viennent plus les voir. Elles comptent sur nous pour tout. Pour aller voir un médecin, pour aller à l’hôpital, pour faire leurs courses. Nous les changeons, nous discutons avec elles … C’est ce que j’appelle le trois en un.

Au début de la pandémie nous étions applaudis puis, ensuite, nous nous sommes aperçus que, parce que l’on ne voulait pas se faire vacciner, nous avons été mis de côté. Nous ne sommes plus des héros. Au seul motif que nous n’acceptons pas une injection et malgré que nous soyons restés pour exercer notre métier, il n’y a plus de reconnaissance. Cela fait très très mal d’être mis à part par ces gens qui, pour certains d’entre eux, nous ont applaudis au début de la pandémie. Quand on est chez soit on essaie de relativiser mais en fait on ne comprend pas ce rejet. Heureusement, les personnes âgées pour lesquelles je travaille, qui se sont faites toutes vaccinées, n’ont jamais refusé de m’accueillir chez elles. Elles ont trouvé ignoble le fait de ne pas laisser le libre choix aux personnes de recevoir ou ne pas recevoir cette injection. Sur une dizaine de personnes dont je m’occupais, pas une ne m’a dit « Si tu n’es pas vaccinée tu ne viens plus chez moi« . Je ne comprends toujours pas.

Actuellement nous sommes suspendues, nous n’avons plus de revenus. Personnellement je suis en arrêt maladie. J’ai des indemnités journalières par la sécurité sociale mais cela représente un montant de 400 € par mois, alors que dans le même temps j’ai un loyer d’un peu plus de 400 €, sans compter le gaz, l’électricité. Je n’ai aucune aide supplémentaire. C’est très compliqué, je ne sais pas ce que va devenir ma vie, je suis dans le flou total. Je n’ai pas le droit aux indemnités de pôle emploi. Je n’ai le droit à rien. Vivre cette situation seule parce que l’on n’est pas compris des autres, c’est extrêmement compliqué.

Toute la journée je me pose des questions. Est-ce que j’ai encore un avenir ? Je n’ai plus de projets. Pour moi c’est le néant. Je ne vois plus personne, les gens se renferment sur eux-mêmes et de toute façon cela ne sera plus comme avant. La vie d’avant c’est fini. Il ne faut pas espérer, parce qu’elle ne sera plus là.

La confiance en soi et l’estime de soi part doucement. Je ne vous cache pas qu’il y a des idées noires qui parfois sont là