Brigitte

Assistante Médico-Administrative (Oise)

« La vie est un combat. Pour rester en vie, parfois, il ne suffit pas de tourner la page, il faut changer de livre. »

Brigitte est mariée, elle a 2 enfants. Fonctionnaire administrative à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière depuis 20 ans, elle a intégré la Mutuelle des Fonctionnaires en mai 2021. Elle est suspendue depuis le 1er octobre 2021.

Je me souviens de cette petite voix qui disait « NON ». Était-ce mon intuition ?

Le combat que j’allais mener allait être difficile. Encore plus compliqué sans économies. Certaines personnes m’ont demandé « Comment vas-tu faire ? As-tu des économies ?« . Ma seule réponse a été : « Je n’ai aucune idée de la façon dont je vais procéder. Par contre, au fond de moi, je sais que je dirai Non à l’injection expérimentale !« .

Toutes les fois où j’ai répondu à cette question, je ressentais mes pieds ancrés au sol tels les racines d’un arbre. Je me sentais si forte et puissante face à ma décision. Je ne piétine pas mes valeurs !

Chaque jour, je me rendais à l’hôpital avec mon test antigénique en poche. Chaque jour, l’échéance se rapprochait. Nous savions qu’à la date fatidique du 15 septembre 2021, les agents n’ayant pas opté pour l’injection subiraient de plein fouet la suspension.

Le 29 septembre 2021, la dernière adhérente de la journée franchit la porte de la mutuelle. Après son départ, je jette un dernier coup d’œil à ma boite mail. Un message m’interpelle. Je suis convoquée le lendemain au bureau des responsables pour un échange avant d’être suspendue.

Le 30 septembre 2021, j’arrive à leur bureau en compagnie de l’une de mes collègues, Sonia. Eh oui, ensemble on est plus fort. Les chefs nous invitent à prendre place à tour de rôle. Sonia et moi demandons de rentrer à deux. Notre demande se voit refusée. L’entretien se déroule tel un interrogatoire, vous savez comme lorsque vos droits sont lus. A son tour, Sonia s’entretient avec les dirigeants. Quelques minutes plus tard, nous quittons l’établissement et repartons avec une convocation pour le lendemain au siège social de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris (APHP).

Il est temps pour nous de rentrer dans notre maison. Aujourd’hui a été une journée harassante. Sur le chemin du retour, je me pose la question suivante : « Que fait-on de mes vingt années de bons et loyaux services. S’envolent-ils en fumée ?« 

Je n’oublierai jamais ce vendredi 1er octobre 2021. Aujourd’hui, la sentence de ma suspension va sonner définitivement.

A mon réveil, une étrange sensation me traverse le corps. Je ressens la présence d’une chaîne à mon pied droit. Le genre de chaîne comme celle des prisonniers. D’un seul coup, elle explose en éclats, me procurant un sentiment de liberté. Libre, j’étais libre ! C’est la première fois que j’éprouve un tel sentiment. Ce signe de délivrance était plein de sens. Tout était clair. Une page vient de se tourner, je le sais, je le sens ! L’univers m’inciterait-il à passer à l’action ? Certainement, pour mes projets trop longtemps endormis.

Sonia et moi avions décidé de nous rendre ensemble au siège de l’APHP. Arrivées dans les locaux, nous réitérons notre demande d’être à deux pour l’entretien. Celle-ci est de nouveau refusée. Sonia, sûre d’elle, sort de son sac à mains bleu cyan la convocation sur laquelle est indiquée la possibilité d’être accompagné par une tierce personne. Nous insistons. Notre requête est enfin acceptée, nous nous assistons mutuellement.

Nous prenons place dans le bureau accompagnées des deux responsables. Dans un premier temps, le constat de non-respect de l’obligation vaccinale est lu pour Sonia. Puis vient mon tour. Il nous est demandé de confirmer notre défaut de conformité à l’obligation vaccinale. Notre suspension sans salaire est signifiée. L’une des dirigeantes nous invite à revenir auprès de la direction dès lors que nous aurions franchis le pas de la « piquouze ».

A la fin des interrogatoires, nous avons signé les documents ou figure notre identité. Il nous arrive de nous remémorer cet entretien à deux et de nous souvenir que nous sommes liées à tout jamais.

Le 1er octobre 2021, ma décision est prise, je n’y retournerai jamais.

Aujourd’hui, le 7 février 2022, Sonia et moi sommes toujours suspendues. Je suis convaincue que le meilleur est à venir.

Pourquoi ai-je pris le risque de perdre mon emploi plutôt que d’accepter la vaccination ? Dois-je me considérer comme une personne « antivax » ? Je répondrais non, car je suis à jour de mes vaccinations. Voici les trois raisons de mon refus de vaccination :

1) Un manque de recul considérable. Le vaccin proposé était loin de me rassurer. Sa venue précipitée sur le marché ne m’a pas convaincue. A quel moment a t’il pu faire ses preuves ? Que fait-on des effets secondaires graves, des risques encourus… ?

2) Ma liberté entravée. L’une de mes valeurs est la liberté. J’ai ressenti le vaccin comme une injonction. Il m’était imposé. J’ai fait le choix malgré les conséquences financières de subir la suspension plutôt que de prendre un risque pour ma santé, chère à mes yeux.

3) Ma confiance brisée. Les allocutions contradictoires ont laissé planer un véritable doute dans mon esprit. Aucun discours n’a pu me rassurer.

La leçon que je tire de cette histoire, c’est que : « La vie n’est pas ce qui nous arrive, mais plutôt ce que l’on fait avec ce qui nous arrive. »