Sophie

Aide-soignante (Côtes d’Armor)

« J’ai envie d’une vie dans la joie et non dans la peur. »

Sophie a 49 ans, elle est aide-soignante en hôpital public depuis 30 ans. Elle élève seule ses 2 filles de 13 et 15 ans. Elle est suspendue depuis le 23/9/2021.

Mars 2020, quand je roule en vélo le matin à 6 heures ou que je rentre le soir à 22 heures, fatiguée, oui, je peux avoir peur.

A l’arrivée de ce virus on ne savait pas ce que c’était. Il y avait beaucoup de craintes véhiculées par l’hôpital et par les médias. Mes collègues et moi avons dû quitter le service pour laisser place au service Covid avec du personnel volontaire. Il y avait surtout des personnes âgées, il y a eu des décès, mais ce n’était pas l’hécatombe. Comme certaines interventions chirurgicales étaient suspendues, la situation dans le service où nous étions était plutôt calme. Quand les cadres sortaient de leur réunion, la situation semblait totalement dramatique. Or, selon le témoignage de mes collègues du service Covid, ce n’était pas vraiment le cas. Rapidement, je me suis renseignée. J’ai recueilli de nombreuses informations, j’ai écouté des professeurs reconnus. J’ai fait preuve de réflexion et de discernement. Pour moi il s’agissait d’une grippe et on connaissait les traitements. J’ai alors pris les choses avec une certaine distance.

La réticence des soignants à l’arrivée du soi-disant vaccin tenait au fait qu’il existe d’autres moyens pour soigner. Pour nous, l’injection n’était pas le traitement le plus approprié. Pour l’administration, il n’y avait que le vaccin pour lutter contre ce virus. Il n’y a pas eu de harcèlement direct. Afin de nous convaincre, les cadres ont envoyé des notes de service, des messages réguliers qui s’affichaient dès l’ouverture de l’ordinateur. Il n’y a pas eu d’entretien dans le service. Il y avait parfois des discussions avec des collègues, mais c’était assez respectueux. Je n’ai pas vraiment ressenti d’hostilité.

Le 12 juillet 2021 nous avions du recul, des traitements, nous constations que, dans les hôpitaux, la situation n’était pas si catastrophique qu’on voulait bien nous le faire croire. Alors oui, à l’annonce du Président, je n’ai eu aucun doute : « Suspendez-moi, moi qui aime ce métier, qui l’ai choisi, qui ai toujours eu du plaisir à soigner les patients ». Du jour au lendemain, finie, jetée, pourquoi ? Je suis en bonne santé, je prends de la vitamine C et D, je mange équilibré, je fais du sport et je souris.

Mais non… Je peux contaminer, je suis un danger, je suis irresponsable, me dit-on.

Je suis prête à vendre ma maison pour ne pas me faire vacciner. Nous savons qu’il y a des effets secondaires. J’ai été témoin de la paralysie faciale d’une collègue après une injection. Je ne suis pas un cobaye et je tiens à ma santé et à celle de mes enfants. Je suis fière de ma liberté. Ai-je fait une faute grave pour être privée de mon travail et de mon salaire ? Je ne suis pas anti-vaccin. Mes enfants et moi-même sommes vaccinés, mais cette fois il s’agit d’une injection expérimentale et je refuse. On me dit que j’avais le choix, mais quel choix ?  J’ai choisi ma santé et ma liberté.

Quelques collègues m’ont témoigné leur soutien, surtout parmi ceux qui ont refusé de se soumettre à l’obligation vaccinale. Nous avons formé un collectif de soignants qui nous lie fortement. A la maison je suis soutenue. J’en parle facilement avec mes filles car cela peut avoir des répercussions sur elles. Les relations avec les autres membres de la famille sont conflictuelles. On évite de parler des sujets ayant trait à la crise car c’est clivant, mais avec le temps cela se calme. Certains commencent à voir ce qu’il se passe, ils n’ont plus le même regard.

Je suis suspendue sans salaire, les gens trouvent cela normal. Ce n’est pas facile tous les jours. Je vis avec la crainte de ne pas pouvoir y arriver financièrement. J’ai un prêt à rembourser pour ma maison. Sans revenu que fait-on ? Combien de temps cela va-t-il durer ? Mon énergie s’épuise. Le fait d’en reparler remue beaucoup de choses en moi. J’essaie de ne pas avoir tout ceci présent à l’esprit, mais c’est très violent : on me coupe les vivres après 30 années de service.

J’aime mon travail. Aujourd’hui mes sentiments sont ambigus. J’ai de la colère, un sentiment d’injustice, mais j’ai la certitude d’avoir été fidèle à mes convictions. Et puis, je me dis que c’est l’expérience de la vie, ça mène vers autre chose. Cela permet d’envisager l’avenir de façon différente. J’ai espoir qu’on me laisse soigner à nouveau un jour, peut-être autrement. Pour être en bonne santé il faut aussi être dans la joie. J’ai envie d’une vie dans la joie et non dans la peur.