Ils ont été effacés, mettons-les en lumière

Marlène

Infirmière (Gironde)

« J’allais travailler, loin de me douter que ce métier je ne l'exercerais pas jusqu'au bout. »

Marlène a 52 ans, elle vit en couple, elle a 2 filles étudiantes. Infirmière en pédo-psychiatrie, elle a obtenu une mise en disponibilité à compter du 15 septembre 2021, après 25 ans d’exercice dans la fonction publique.

Je fais ce témoignage en hommage à toutes les personnes qui m’ont soutenue. Je voudrais dédier tout ce que je vais dire déjà à mes enfants, à mes collègues, à tous mes amis, Nathalie, Yuta, sans l’aide desquels je n’aurais pas pu avancer et trouver aujourd’hui une certaine sérénité.

À 52 ans on imagine qu’on va finir sa carrière comme ça, presque dans un train-train quotidien, et puis non, soudainement tout s’effondre, il faut sortir de sa zone de confort. J’arrivais vers la fin de carrière, j’avais gravi la plupart des échelons, j’en étais au huitième, je n’en avais plus que deux à franchir. Rentrée dans la fonction publique il y a 25 ans, je travaillais au tout début dans les cliniques, ensuite auprès des personnes âgées pendant huit ans, dans une maison de retraite qui dépendait de la fonction publique territoriale. J’y étais confrontée à l’accompagnement, à la mort. Puis j’ai exercé dans un hôpital de jour pour enfants autistes au sein d’une équipe. J’étais dans mon quotidien, je me levais, j’allais travailler, loin de me douter que ce métier je ne l’exercerais pas jusqu’au bout. Puis un jour arrive cette annonce brutale que j’ai reçue en plein cœur « Faites-vous vacciner, sinon vous n’aurez plus de salaire ».

Tout de suite je n’ai pas enregistré l’information. Je me suis retrouvée sidérée, je n’y ai pas cru. Et petit à petit, quand même, des pleurs sont arrivés, une confusion, et je me suis dit que là, maintenant, ce sera un véritable enfer. Alors je suis partie en vacances, des vacances difficiles, je ne dormais pas, je ne trouvais plus sommeil, je ne mangeais pas. Mon entourage me soutenait en me disant que quoi qu’il se passe, il serait là.

J’ai eu la Covid, ce qui m’a permis de repartir travailler quelques mois.

Quand je suis retournée travailler, au mois de septembre, dans ma tête c’était déjà clair pour moi, je ne me soumettrais pas à ces injonctions du gouvernement, parce qu’il ne s’agissait pas de soigner, mais simplement de restreindre les libertés et la vie. Donc j’ai repris mon poste avec la certitude qu’au 14 septembre je quitterais l’hôpital. Mais au travail on était tous tellement auprès des enfants qu’on ne parlait même pas de ce qu’il était en train de se passer.

Avec des enfants autistes on a toujours besoin du consentement, celui des parents, pour les traitements. On nous l’apprend à l’école, parce que leur corps leur appartient, et là désormais il n’y avait plus ce principe-là. J’ai choisi ce métier par amour, amour avec un grand A, amour de la vie, respect de l’humain. Je défends la vie, je prends soin des autres, mais comment soigner quand on n’a plus la possibilité de dire vous avez le choix ?

J’étais dans une petite unité où il y avait quand même de la bienveillance. Pendant cette crise nous étions tous dans une réflexion, du médecin jusqu’au cadre, à chercher comment assurer de bonnes conditions de travail, mais entre nous on n’évoquait absolument pas ce qu’il était en train de se passer, et lorsque je voulais en parler, soit on ne m’écoutait pas, soit on me disait de ne pas m’inquiéter.

Quelques jours avant le 14 septembre 2021 j’avais expliqué à ma chef que je ne me soumettrais pas à cette injonction, et là elle a fait preuve d’un réel sentiment d’empathie. Elle m’a dit qu’elle comprenait tout à fait, elle m’a beaucoup aidée à trouver une solution et au bout d’une semaine l’hôpital a accepté ma demande de mise en disponibilité. Dans la petite unité où j’étais il y avait beaucoup de liens autour de l’enfant, on avait construit beaucoup de projets ensemble pendant des années et quand je l’ai annoncé à mes collègues certaines se sont mises à pleurer et l’une d’entre elles m’a dit « oui, tu t’en vas, mais je ne voulais pas le voir ».

J’ai donc quitté cet hôpital de jour, mais j’ai été accompagnée par mes collègues, on a fait un pot de départ, j’ai reçu un livre dans lequel chacun a écrit un petit mot, dans un soutien profond et si je n’y suis plus aujourd’hui je n’ai aucune rancœur envers mes collègues, ni envers le service. En revanche c’était quand même une période difficile où je suis passée par le doute. Il y avait une pression constante parce que comme tout le monde je recevais des mails de l’hôpital « Vous n’êtes pas à jour, vous n’êtes pas à jour », mais j’ai pu la gérer parce que ma formation en psychologie m’a beaucoup aidée à comprendre les mécanismes de ce qu’il se passait.

Malgré tout, après l’annonce du 12 juillet, lorsque j’ai pris conscience que je n’allais plus pouvoir aller à l’hôpital j’ai fait un burn-out. J’ai commencé à ne plus dormir, parce que j’avais deux enfants étudiants, je me demandais comment j’allais m’en sortir, ce que j’allais faire, et toutes ces émotions étaient là, débordantes, et elles se sont entremêlées. C’était au mois d’août, je devais repartir travailler mais j’ai été arrêtée 15 jours par mon médecin-traitant qui m’a beaucoup aidée à me poser, à trouver une solution.

Je me suis dit que j’avais des ressources, la première c’est que je suis extrêmement croyante. C’est quelque chose qui m’a toujours guidée dans la vie.

En arrêt, j’en ai profité pour réfléchir à mon avenir et j’avais une collègue auxiliaire-puéricultrice qui travaillait dans une crèche. Par elle j’ai appris que tous les métiers de la petite enfance n’étaient pas soumis à l’obligation vaccinale, c’était donc un paramètre important, d’autant plus que si j’avais continué à l’hôpital j’avais déjà le projet de m’occuper du tout petit. J’avais donc ça en moi et quelque chose qui disait « assistant maternel », mais je voulais me sentir en sécurité, c’est-à-dire chez moi, à domicile. Dès que je l’ai annoncé à mes collègues ils m’ont encouragée et même le médecin m’a dit « mais oui, c’est tout à fait ce qui vous correspond ». J’avais un fil conducteur, mais évidemment toujours le doute parce que la question du salaire se posait.

J’appelle donc l’organisme qui s’en occupe ici et miracle, ça tombe bien, on me dit « Nous n’avons pas d’assistant maternel, venez nous voir ». J’y suis allée et ces gens m’ont accompagnée pour construire mon projet.

J’ai eu la chance d’être entourée de personnes qui m’ont donné cet élan en me disant « Vas-y », une amie notamment qui m’a dit « Tu vas y arriver, parce qu’il y a quelque chose qui t’appartient, c’est le courage ». Moi j’y allais, mais avec hésitation, parce que j’avais de la peine, de la colère, du doute, mais les paroles comme ça des personnes qui vous portent, forcément ça m’a touchée et rien que pour ça je n’avais pas le droit d’abandonner. La vie, on est fait pour la vivre et à partir de là je me suis dit qu’aucun homme sur terre, aucun dirigeant, l’ordre mondial, n’importe qui, personne ne va prendre cette vie-là.

J’ai décidé de ne plus m’inquiéter, je savais que j’aller trouver ton chemin, et aujourd’hui je suis assistante maternelle.

Alors oui, j’ai puisé dans mes réserves, puisqu’on n’avait pas droit à Pôle emploi, on n’avait droit à rien finalement, et même en disponibilité je ne pouvais compter sur aucune aide. Mais comme j’avais divorcé bien avant la crise et que j’avais vendu une maison, j’avais mis de côté toutes mes économies et j’ai eu la possibilité de prendre sur mes réserves, le temps de trouver des missions d’intérim. J’ai travaillé dans des crèches et comme ça, petit à petit, ça m’a amenée à faire ma formation et j’ai commencé à travailler en indépendant au mois de septembre 2022. Alors actuellement je puise toujours dans mes réserves parce que je n’ai qu’un enfant en garde, mais à partir du mois de janvier j’aurai deux autres bébés et un salaire correct. Donc au jour d’aujourd’hui pour moi c’est une victoire, une victoire face à l’adversité, une victoire face à la malveillance. Aujourd’hui je suis dans ma maison et je vis comme je l’entends.

C’est mon choix, je refuse la façon dont ce pays est gouverné et ce qu’il nous impose et je suis au clair avec ça. Je suis dans le monde, mais je ne suis pas obligée de penser comme ce monde et ce qui m’a beaucoup aidée c’est d’être dans l’analyse. Grâce à Réinfo-Covid, au docteur Louis Fouché, mais aussi à Ariane Bilherand qui est docteur en psychologie, j’ai compris comment tout cela fonctionne, et sans nier tout ce qu’il se passe je crois qu’aujourd’hui j’ai vaincu la peur, la peur des annonces, de tout ce qu’ils nous disent…

Le premier confinement a été très difficile parce qu’on était tous chez nous et j’avais un grand sentiment d’impuissance. Dès l’annonce du Covid on nous a dit de rester chez nous, parce qu’il n’y avait pas de matériel et personne ne voulait qu’on soit à l’hôpital. Mais en même temps que ce sentiment d’impuissance, quand je voyais tout ce qui passait à la télé j’avais peur. Je me disais « Les gens tombent comme des mouches mais moi, est-ce que je vais pouvoir les secourir ? » J’étais à la maison et je ne me faisais rien en fait. Et on recevait des mails du médecin qui nous disait « On attend d’avoir le matériel pour que vous puissiez revenir travailler ».

Les enfants de l’hôpital de jour étaient chez eux, parce que c’était le confinement et ça c’était terrible, les familles avec leurs enfants c’était terrible. On assurait un accompagnement à distance avec la mise en place d’entretiens téléphoniques, mais les enfants autistes ont besoin de repères et là ils ne comprenaient plus rien.

Ensuite, quand on a pu retourner travailler, parce qu’il fallait ouvrir l’hôpital de jour pour certains enfants, on avait quelques masques, des visières, des surblouses. On a fait comme on a pu avec ce qu’on avait et on nous disait d’éviter tout contact, mais j’avais affaire à des enfants, il fallait les toucher quand même, il y avait les enfants qui crachaient, tout ça. Alors je me suis dit « Je ne vais pas rentrer dans ce système, ce n’est pas de la science ça, je prends mes précautions et voilà ».

La première fois que j’ai eu la Covid c’était après cela, mais quand on m’a dit « Vous pouvez travailler » j’y suis allée, je ne me suis pas posé de questions. On avait du matériel pour désinfecter, il y avait ce qu’il fallait pour faire au mieux, et ça je tiens à le dire parce que je sais que d’autres ont vécu des choses beaucoup plus difficiles puisque le matériel n’arrivait pas dans les services hospitaliers.

Par contre, aucun accompagnement psychologique, personne n’est venu nous voir pour évaluer nos conditions de travail. Mais ça ce n’était pas la faute du service, où chacun était dans la bienveillance, ça c’était la politique.

Donc je me suis dit « Tu ne peux plus travailler dans ce système-là, où on te demande en plus de t’injecter et de convaincre les gens de le faire et de le refaire, mais sans pouvoir leur dire à quoi ça sert, ni si ça les guérit ». Moi je ne pouvais pas, voilà ! Moi je suis infirmière, je ne suis pas une meurtrière.

Au départ je suis allée manifester, comme tout le monde, pour que ça s’arrête, et ensuite, très vite je me suis dit que ce n’est pas en manifestant que dans 15 jours ça allait s’arrêter. Par contre, j’y allais pour chercher du lien et j’en ai trouvé. J’ai rencontré des collègues du secteur hospitalier que je ne connaissais pas et aujourd’hui encore on est restés en lien. Je rends hommage à ces personnes-là, parce qu’à l’extérieur on était une minorité et on se sentait très seules, il y avait beaucoup d’agressivité de la part des gens qui nous interpelaient « Tu es vaccinée, tu ne l’es pas ? » – « Non, je ne le suis pas » – « Mais comment ça se fait ? Tu nous mets en danger. »

« Anti-vax ! », c’était le mot créé par les médias pro-vax, une étiquette qu’on nous a mise pour nous discriminer et c’était très difficile à entendre. J’avais beaucoup de colère parce qu’il ne s’agissait pas du tout de ça. Un jour, en manifestation, un jeune souhaite m’interviewer pour un média indépendant et il commence par me demander si je suis pro-vax ou anti-vax. Je lui réponds « Là, vous êtes en train de mettre une grande brèche dans ce qu’il se passe. Je suis plus vaccinée que vous parce que je suis infirmière. Alors oui je suis vaccinée, mais je ne suis pas injectée ». Mais vous aviez beau expliquer ça, on vous répondait toujours « Le gouvernement a dit, donc c’est vous qui n’êtes pas conformes. Arrêtez de foutre la merde ! » Et plus vous essayiez de vous justifier, de convaincre, plus on vous agressait. Donc j’ai très vite compris, en écoutant les explications des psychologues, que je n’arriverais pas convaincre des personnes de quelque chose qui n’est pas entendable pour elles. C’était les émotions qui prenaient le dessus, il n’y avait rien à faire.

Il y avait l’agressivité des gens, mais aussi celle des forces de l’ordre, alors que nos manifestations étaient toujours très pacifiques. Toute la police était déployée, on se serait cru aux attentats de Paris, tous les policiers avec leurs armes, leurs boucliers… Un jour j’ai été témoin de deux situations horribles. Lors d’une manifestation la police avait bloqué la rue, il fallait donc faire demi-tour. De l’autre côté de la rue un monsieur revenait sur ses pas mais un policier a traversé pour le frapper alors que ce monsieur était en train de repartir tranquillement. Puis je tourne la tête et je vois une petite fille de 4 ans qui avait reçu des gaz lacrymogènes. Elle courait dans la rue, il y avait sa maman derrière, elle arrivait dans ma direction et je l’ai prise dans mes bras mais c’était trop tard, les gaz avaient été lancés.

Il y avait beaucoup d’agressivité et il y avait beaucoup d’indifférence aussi. On défendait nos libertés mais les gens avec leur pass à la terrasse des cafés ne nous regardaient même pas. Et quand je retournais au travail et qu’on me disait « J’ai passé un bon week-end », moi non en fait.

J’avais beaucoup, beaucoup de colère, et le sentiment d’être invisible. C’est quelque chose qui fait traumatisme et même si je vais plutôt bien aujourd’hui, il y a des flashs qui reviennent et qui me disent que là, on a vu des choses très difficiles sur le plan émotionnel.

Et les enfants ! À combien d’enfants a-t- on fait porter la responsabilité du masque « sinon tu vas tuer grand-mère… ? »

Ce qui me blesse aujourd’hui et me fait beaucoup de peine, c’est de voir le système de soins se détruire. On a essayé de lancer l’alerte sur ce qu’il se passait, mais il se détruit. Je le dis très clairement, je suis infirmière de cœur mais j’espère ne pas être malade parce que je ne veux surtout pas aller à l’hôpital. Quand on voit que des enfants décèdent de bronchiolite dans des couloirs d’hôpitaux, moi je dis « Réintégrez les soignants ! »

L’État a vraiment voulu diviser les gens, luttons contre ça ! Pendant la Covid, avec tout ce que j’ai vécu, je n’ai jamais été plus en lien qu’à ce moment-là. Donc un, ce gouvernement ne m’empêche pas de partager, deux je suis en lien, je prends soin. Et ça, c’est quelque chose qu’on ne m’enlèvera pas.

Dès l’annonce du vaccin j’ai pensé six mois pour un vaccin ce n’est pas possible. Quand on connaît le processus scientifique, les essais cliniques, tout ça, il faut quand même quelques années pour que le médicament soit dit vaccin. J’étais méfiante mais à l’époque il n’était pas question d’obligation vaccinale, je me suis dit bon, ils cherchent.

Quand on m’a demandé si j’allais le faire j’ai dit non, j’attends qu’on ait plus de recul et puisqu’il faut au moins cinq à dix ans pour ça je pensais que ça allait en rester là. Ensuite, quand j’ai vu les proportions que ça prenait, j’ai dit non parce que j’attendais les études les bénéfices-risques. Et on sait aujourd’hui que ce produit n’empêche ni la transmission ni la contamination, il n’y avait donc aucune justification scientifique à ces injections !

Normalement, pour être diffusé dans la population un produit doit bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché définitive et quand on vous l’impose alors qu’il ne dispose que d’une autorisation conditionnelle, c’est quand même un problème !

Ensuite, quand on sait que les compagnies pharmaceutiques ont négocié des clauses juridiques pour ne pas risquer d’être attaquées sur les conséquences de la mise sur le marché de leur produit, tout ça me pose aussi un problème !

Et quand on essaie de trouver des données sur les essais cliniques, sur les effets indésirables, on ne les trouve pas. Ça me pose encore un vrai problème !

Donc à partir de là j’ai dit non, je ne le ferai pas, et quand vous dites que vous souhaitez prendre du recul et qu’on vous répond que si vous ne le faites pas vous n’aurez plus de salaire, là ça me pose sérieusement problème !

Je vois maintenant dans mon entourage des personnes qui ont été injectées et qui subissent des effets indésirables catastrophiques, mais en général il n’y a aucun moyen de le prouver. Il faut des combats juridiques. Jamais aucun vaccin digne de ce nom n’a entraîné les effets indésirables que ce produit a causés. Un vaccin assure une immunité contre une maladie, celui-là non.

C’est donc pour toutes ces raisons que je ne l’ai pas fait.

Dans mon entourage proche il y a eu le respect des choix de chacun. J’ai un conjoint qui est d’amour, il est comme moi, il m’a beaucoup soutenue et n’a rien remis en question. Et mes enfants aussi. L’une de mes filles mène le même combat que moi et l’autre, plus jeune, aimait voyager et avait donc choisi. Enfin non, elle n’avait pas choisi, pour pouvoir voyager il fallait avoir les injections. Elle a eu les deux premières injections, au tout début quoi, et en tant que maman j’ai eu très peur, mais elle m’a expliqué pourquoi elle le faisait et je me suis tournée vers une amie naturopathe pour réduire les risques des effets potentiels.

Dans la famille on a toujours compris que le lien était très important et ça c’était primordial. J’ai donc eu cette chance d’avoir une famille unie, et avec mes amis aussi. Alors j’ai toujours pu informer, alerter, mais c’est vrai que quand une décision contraire avait été prise je n’ai pas su trouver les mots pour convaincre. Alors je me suis dit « Stop, tu ne vas pas convaincre, voilà ».

Moi j’ai quand même eu de la chance, parce que certains collègues sont restés longtemps très, très mal, dans un état psychologique grave. Je voudrais tirer mon chapeau à tous mes collègues, parce qu’on se réunissait beaucoup ici, au domicile, autour d’un repas, on essayait d’échanger nos vécus, ce qu’on allait faire. On est toujours restés en lien, que ce soit par les réseaux sociaux, par téléphone, en se voyant. Et quand moi j’ai pu avancer, ce qui me faisait beaucoup de peine c’était de voir des collègues pleurer, s’effondrer. Ils étaient tellement attachés à leur métier ! Alors oui, moi aussi j’aime mon métier, mais je crois que là c’est trop tôt pour penser que les choses vont s’arrêter. Il faut qu’on avance, voilà. J’ai une collègue qui a été suspendue et qui a aussi obtenu une disponibilité et aujourd’hui ça y est, elle fait autre chose. Je sais aussi que si certains avancent d’autres n’avancent pas. Alors je partage sur les réseaux sociaux avec ces collègues suspendus en essayant de les aider, un message d’espoir, un message d’espérance…

Mais à présent on est tous oubliés. On le voit, aujourd’hui encore, avec des soignants sans salaire qui dorment dans leur voiture, qui sont au RSA. Et à côté de ça, on parle de la coupe du monde, des fêtes de Noël, de ce qu’on va manger… Parfois je rencontre des personnes que je n’ai pas vues depuis deux ans et qui m’interrogent sur ce que je deviens. Je dis que j’étais infirmière et que je me suis reconvertie. « Ah oui, tu en avais marre ? » – « Non, j’ai été foutue à la porte ». Et là surprise, c’est quelque chose qui est complètement occulté. Et ça, je me dis que si on en est là aujourd’hui c’est parce qu’on n’a pas su être solidaires les uns des autres.

Mais honnêtement, je n’en veux absolument pas aux personnes qui ne nous ont pas soutenues. Même si au début je leur en ai voulu, je me dis que dans ce monde je n’attends rien des personnes. Ce ne sont pas les gens qui vont me faire vivre et avancer. Je suis là pour donner de l’amour, pour partager, celle qui est responsable de mon bonheur c’est moi.

Et du moment où je n’attends rien de l’État, où je n’attends rien du système, du coup je m’offre des chemins différents pour avancer. Je ne dis pas que c’est tous les jours facile, mais en tout cas je n’ai pas la boule au ventre quand je me lève le matin. J’ai le sourire des enfants, je vais à mon rythme, si je veux acheter un jouet je l’achète quand je veux, je n’ai pas le poids d’une hiérarchie. Il y a de la bienveillance et ça c’est important.

Mais ce métier d’infirmière, je n’y retournerai pas parce que cet État, nos politiques, les personnes qui sont au pouvoir aujourd’hui, ne respectent absolument pas les gens qui soignent. Il y a un profond désir de destruction de l’humanité. Alors si j’avais des responsables en face je leur dirais « Oui, vous avez gagné dans le sens où, effectivement, je ne suis plus à l’hôpital, mais vous n’avez pas gagné parce qu’infirmière, je le suis de cœur. » Et aujourd’hui, dans la période de Covid où j’ai fait ce choix de quitter l’hôpital, je me dis que je dois défendre ce diplôme, je dois le mettre à l’abri. Et il est à l’abri.

Maintenant je ne sais pas, dans 5 ans, dans 10 ans, lorsqu’il y aura l’effondrement général, s’il faut aller soutenir les gens j’irai certainement. Mais maintenant, si on vient taper à ma porte pour me dire « Vous êtes réintégrée », je dis NON. Parce que finalement je m’aperçois que le système était malade depuis bien longtemps. Et là je ne pourrais pas repartir dans un hôpital qui, il y a deux ans, nous a clairement mis à la porte. Je ne peux pas revenir, puis repartir… Le système est malade.

La réponse des manques de lits n’est que financière, elle n’est pas humanitaire. Moi je suis infirmière et on a besoin d’avoir des réponses humanitaires des personnes qui nous dirigent. Ce n’était pas la peine d’organiser le Ségur de la Santé et de nous accorder une petite augmentation pour faire après ce qu’il se passe. Infirmière, ce n’est pas un métier que l’on fait pour l’argent, je le savais en connaissance de cause quand j’ai commencé. Mais dans votre travail vous avez aussi besoin de bientraitance, de la bienveillance de vos supérieurs en tout et pour tout, dans les rythmes de travail, dans les façons de se parler… Et quand un ministre vous dit je débloque tant d’argent pour des lits, ce n’est pas ça la réponse. Parce que s’il n’y a pas les personnes pour soigner, ça ne sert à rien !

Je crois que nos responsables sont beaucoup trop orgueilleux pour admettre que c’est une grande catastrophe et qu’ils se sont trompés, lourdement trompés, puisqu’on est un des seuls pays où les soignants ne sont pas intégrés aujourd’hui.

J’ai cheminé pour trouver la paix, parce que c’était primordial pour se reconvertir, et je crois que j’arrive à une certaine lucidité, c’est-à-dire que je suis alignée avec mon cœur, mes idées, pas mes convictions parce que des convictions je n’en ai pas en fait, mais j’ai des valeurs et ces valeurs-là personne ne me les prendra.

Et parce que je suis croyante je vais beaucoup dans les groupes de prière. Il y a de la réflexion, de l’espérance, et je voudrais dire à tous ceux qui sont mal aujourd’hui, qui sont dans le désespoir, je le comprends et il y a un tas de raisons, mais il faut rester en lien parce qu’on n’est quand même pas tout à fait dans la même situation qu’il y a deux ans. Les collectifs m’aident énormément, la philosophie aussi, la lecture, je me nourris comme ça et je n’écoute plus les grands médias de la désinformation.

Alors oui, on dit qu’il va y avoir un pass énergétique, un nouvel ordre mondial, et je sais que ce n’est pas fini. Il y a eu la COVID, d’autres choses vont arriver derrière, c’est certain, mais attention les réseaux sociaux alimentent ça aussi, il faut faire le tri. On partage plus facilement la haine qu’on ne partage l’amour. C’est le monde, il est ce qu’il est et si on doit vivre un monde chaotique et plein de haine, il s’effondrera un jour. La clé pour moi c’est peut-être la peur de la mort, qui alimente le transhumanisme et l’illusion de créer des surhommes. Mais on peut dire et faire ce qu’on veut, on mourra tous un jour.

Je crois que les personnes qui arrivent à échapper à l’emprise de cette peur de la mort sont peut-être celles qui pourront agir et résister au phénomène totalitaire. J’emploie ce mot qui n’est pas de moi, mais celui de nombreux auteurs qui s’interrogent sur le monde insécure dans lequel nous vivons.

J’ai deux filles étudiantes qui sont encore avec moi et l’une d’elles m’a dit « Tu sais, maman, là, aujourd’hui, pourquoi je ferais des enfants ? Qu’est-ce que je vais leur laisser ? » Et là oui, j’ai la rage, j’ai la rage de ce qu’ils ont fait. Ils détruisent les jeunes, ils détruisent tous leurs espoirs, leurs espérances. Ils font pression sur les parents à qui on dit « Si vous voulez que votre enfant aille faire du sport, eh bien, vous l’injectez. » J’ai lu le témoignage d’un jeune de 14 ans qui a fait ses injections pour faire du sport. Il a je ne sais combien de traitements à vie, il ne fera plus jamais de sport ! Ça, c’est la réalité ! Ça, c’est ce qu’ils ont fait, c’est leur responsabilité et j’ai beaucoup de mal encore à leur pardonner. Je suis un chemin spirituel pour ça et je me sentirai vraiment libre quand j’aurai accès au pardon. Mais le pardon ce n’est pas on oublie tout.

En tout cas cette crise m’a fait prendre conscience que j’ai la force de l’amour et que par l’amour et le respect de la vie je n’ai pas tout accepté.

Je construis autour de moi des réseaux, en lien avec des personnes qui partagent ma façon de voir la vie. C’est important afin de ne jamais perdre l’espoir, l’espérance, parce qu’il y a toujours un lendemain.

Témoignage recueilli en décembre 2022

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5 ans après

Après une mise en disponibilité « forcée » de la fonction publique il y a 5 ans, je me suis reconvertie, mais ma disponibilité prend fin en décembre 2026. J’ai demandé une rupture conventionnelle à ma RH et je suis accompagnée d’un avocat pour me représenter lors de cette négociation.

Bien que dans un tel cas la loi prévoie l’obligation d’un entretien préalable entre l’agent et l’employeur, l’administration nous l’a refusé et a décidé de sa seule volonté de clôturer mon dossier.

Moi qui voulais juste quitter un système, je me retrouve aujourd’hui à devoir engager une procédure au tribunal administratif simplement pour que mon droit à être reçue et accompagnée d’un avocat soit appliqué.

5 ans après ma hiérarchie reste méprisante à mon égard et tente par la force de se placer au-dessus des lois.

La guerre contre les soignants continue.

Témoignage recueilli en janvier 2026