Karine

Auxiliaire de vie (Indre-et-Loire)

« Pourquoi honorer des gens qui se sont tellement donnés et les mettre de côté ensuite ? »

Karine a 46 ans, elle est mariée, elle a 2 enfants. Auxiliaire de vie au sein de l’association ADMR (Aide à Domicile en Milieu Rural) pendant 8 ans, médaillée de l’ordre national du mérite, elle est suspendue depuis le 15 septembre 2021.

Pendant la première vague, pas grand-chose de changé, sur le terrain en tout cas. On est seul, on navigue beaucoup, je n’ai pas vraiment ressenti de peur. Par contre, parmi les personnes aidées, surtout les plus fragiles, les personnes âgées, celles en situation de handicap, il y avait beaucoup de questionnement : « Qu’est-ce qu’on va devenir ? Je ne vais plus voir ma famille ? » J’étais incapable de leur répondre, mais il fallait les rassurer, leur dire que ça n’allait pas durer et qu’on était là pour les soutenir dans ce passage difficile. On était l’intermédiaire privilégié puisque les enfants ne venaient plus. Assez rapidement des E.P.I. ont été mis en place (Equipements de Protection Individuelle). Je n’ai pas vraiment adhéré au port du masque, ce n’est pas dans ma philosophie naturelle et de plus je suis asthmatique. Je l’ai porté un peu mais je l’ai très vite abandonné, au grand dépit de mes collègues et de mes supérieures, car je ne m’en suis jamais cachée. Mais j’ai tenu bon, j’ai offert mon sourire aux gens, tout le temps. Je n’arrive pas à l’expliquer, mais pour moi, une maladie c’est aussi se rendre malade, tomber malade. Je suis toujours partie avec le même état d’esprit, avec confiance, avec de la joie et du cœur. Je ne dis pas que le masque n’est pas nécessaire dans certains cas, j’en avais toujours avec moi, mais je le portais le moins possible et d’ailleurs les gens me demandaient de ne pas le mettre. Je pense que, plus on essaie de se protéger, plus on se rend malade, puisqu’on ne fait travailler ni notre cœur, ni notre système immunitaire.

Cette période a été très particulière. J’étais la seule du village à partir en voiture le matin, c’est très curieux à vivre, seule sur la route. En tant qu’auxiliaire de vie j’avais cette chance énorme de vadrouiller, alors que mon mari et mes enfants étaient confinés à la maison. C’était le printemps, la campagne était magnifique, il y avait des fleurs partout, je n’avais aucun sentiment de crainte, je me suis sentie accompagnée par la nature. C’était presque une chance dans mon métier, c’était l’évasion. Et quand je croisais mes collègues, elles disaient la même chose. Certaines étaient peut-être un peu plus apeurées, elles se posaient des questions par rapport au virus, mais moi pas du tout. Les familles ne passaient plus voir leurs aînés, il n’y avait plus que nous, je me sentais vraiment utile et j’étais ravie de partir travailler.

Parmi mes collègues il y avait celles qui avaient peur, celles qui se demandaient où elles allaient, celles qui avaient peu de travail, ou celles qui en étaient surchargées, comme moi. N’ayant plus d’enfants à charge j’étais disponible et j’ai énormément travaillé pendant cette période. Au début, on se soutenait les unes les autres. Ensuite, il y a eu l’été 2021, un moment un peu neutre où les choses semblaient revenir à la normale, jusqu’à l’annonce de l’obligation vaccinale.

Dans l’ensemble, je n’ai pas eu de problème dans mes relations avec mes collègues, ni avec les autres personnes que je rencontrais. Je fais toujours beaucoup de choses et je suis connue pour être une personne dynamique et souriante. Hormis le fait que je ne portais pas le masque, tout se passait comme d’habitude. J’ai quitté ce monde obsédé par la vaccination et la maladie. C’est un sujet dont je ne parle pas et aujourd’hui j’ai de très bons rapports avec la plupart des personnes que je côtoie.

J’ai eu quelques tensions avec des collègues par rapport à mes choix, mais je pense que c’est surtout dû au fait que j’ai reçu la médaille du mérite.

Au cours de l’été 2020 ma cadre territoriale m’appelle et me demande si je veux bien participer à une campagne lancée par Emmanuel Macron : honorer toutes les professions qui avaient continué à travailler pendant le 1er confinement (soignants, chauffeurs de taxis, restaurateurs, etc.). La directrice de mon association a sollicité l’ARS, qui était chargée de la sélection dans chaque département. Pourquoi ne pas honorer cette branche de la profession trop souvent tenue à l’écart, considérée comme la cinquième roue du carrosse ? Et c’est le métier d’auxiliaire de vie qui a été retenu. Mais ensuite, il fallait aussi choisir le ou la salariée. Alors pourquoi moi ?

Je suis représentante de l’association au niveau local, mais aussi au niveau départemental. Deux ans auparavant j’étais la seule à être montée à Paris, à l’assemblée générale de l’Union Nationale de la Fédération. J’avais été sélectionnée suite à un article que j’avais écrit où j’expliquais mon ressenti et nos conditions de travail.

A l’automne 2020, le Ministère des Solidarités et de la Santé m’a demandé d’envoyer mon article et, surprise, début janvier la directrice m’annonce ma sélection au niveau national. Peu de temps après, je suis nommée Chevalier de l’Ordre National du Mérite. La remise de médaille devait se faire en collaboration avec l’association et il a été décidé que ce serait lors de l’assemblée générale de la Fédération, d’abord prévue en avril, puis repoussée au mois de juin en raison des restrictions sanitaires, et finalement en septembre. Et comble du comble, j’ai été médaillée le 21 septembre, alors que j’avais été suspendue 6 jours auparavant pour refus de la vaccination !

A l’heure d’aujourd’hui ça questionne beaucoup les déléguées du personnel. Pourquoi ai-je été choisie ? Pourquoi n’ont-elles pas été concertées ? Les instructions venaient de l’ARS et c’est la fédération qui m’a contactée. Tout a été très vite, j’ai été appelée un samedi, il leur fallait un article pour le lundi matin, et voilà. Par contre, ce que personne ne sait, c’est que la directrice ne voulait pas me remettre cette médaille si je n’étais pas vaccinée. Moi, je ne voulais pas me fâcher, j’étais nommée et cela me suffisait. J’ai dit : « OK, alors je refuse la médaille ». Mais la direction y tenait tellement, pour l’établissement, pour la fonction, qu’elle m’a demandé de garder le silence sur mon statut vaccinal. Elle seule et le président de la fédération étaient au courant, la directrice de l’ARS ne l’a appris que plus tard.

Un jour, à l’occasion d’un rassemblement autour des médecins suspendus, j’ai pris la parole. J’ai expliqué que je porte cette médaille pour tous les soignants et pas seulement pour les auxiliaires de vie. J’ai aussi expliqué que j’étais suspendue et que j’avais été médaillée après ma suspension. Ce jour-là, il y avait un journaliste que je n’avais pas vu et dans « La Nouvelle République » il a écrit que j’avais été suspendue le 15 septembre et médaillée le 21. La directrice de l’ARS est tombée sur cet article et ça l’a mise en furie, mais ce journaliste ne s’est pas adressé à moi, il a écrit ce qu’il lui semblait bon d’écrire. Mais ce n’est pas ce que j’avais dans l’idée, en aucun cas je ne voulais dire « C’est une honte, je suis médaillée et suspendue ! », mais plutôt « Pourquoi honorer des gens qui se sont tellement donnés et les mettre de côté ensuite ? » On supprime des lits et on suspend des soignants alors qu’on manque cruellement de personnel sur le terrain !

Je n’avais jamais eu de souci avec mes supérieures, mais là je n’ai plus de nouvelles, je pense qu’une gêne s’est installée et je n’ose pas revenir vers elles pour l’instant. Je ne leur en veux pas, je n’en veux à personne et je pense qu’elles ne m’en veulent pas non plus. Nous sommes deux suspendues sur une équipe d’à peu près cinquante, je doute que cela leur pose des problèmes. Mais il y a peut-être un peu d’amertume, parce qu’elles savent très bien que j’ai fait un choix réfléchi, par rapport à ce que je suis, par rapport à mes valeurs. Un peu de tristesse aussi, de ne plus m’avoir sur le terrain, elles ont perdu une bonne salariée.

On est diplômée, on est compétente et du jour au lendemain, on bascule vers autre chose, c’est comme si on tombait dans un gouffre, mais en même temps je m’y étais préparée. Le 12 juillet 2021, je savais ce qui allait me tomber dessus, je l’avais anticipé, même financièrement, et curieusement je ne l’ai pas mal vécu. Je suis de nature à rebondir, j’ai plein de cordes à mon arc. Aujourd’hui je travaille toujours dans l’aide à la personne, mais en CESU (Chèque Emploi Service) et j’ai un peu de temps libre qui me permet de me consacrer à de nouvelles activités, notamment autour de la musique et de la couture. J’ai beaucoup de nouveaux contacts, professionnels et extra professionnels, mon carnet d’adresses explose. Je garde aussi quelques contacts de mon « autre » vie et quand j’ai des nouvelles de mes collègues, de ce qu’elles vivent, je ne regrette rien. Elles sont épuisées, envoyées dans tous les sens, rappelées à tout bout de champ et je sais qu’il est parfois très compliqué de dire non. Quand on vous appelle le vendredi à 18h pour une situation de handicap le samedi à 14h alors que vous êtes sensée être en vacances, et bien vous reculez vos vacances d’un jour. Cela devient très, très difficile sur le terrain. J’exerce toujours le même métier, mais maintenant, au lieu de faire des kilomètres et des kilomètres, j’ai des contrats autour de chez moi et ça se passe très bien.

Mon refus de la vaccination ? Des raisons il y en a plein. Déjà, ce vaccin on ne sait pas ce qu’il y a dedans, c’est une technique toute nouvelle l’Arn messager en vaccination, encore en phase de test. Il est quand même bien prouvé maintenant qu’il y a du graphène, des nanoparticules, c’est toute une espèce de bouillie qu’on vous injecte, ça ne m’inspire pas confiance. Je ne suis pas contre les vaccins, j’ai par ailleurs mes autres vaccins. Mais ce vaccin contre la Covid 19, pour l’instant c’est beaucoup trop tôt. Un vaccin, il lui faut au moins 10 ans pour faire ses preuves, même un vaccin conventionnel. Et là on vous balance un vaccin au bout de six mois. Non, je ne peux pas accepter cela. Même sorti des phases de test, il faudra attendre encore plusieurs années. C’est vraiment nous prendre pour… des rats de laboratoire ! Et les traitements précoces qui sont interdits… Pourquoi interdit-on les traitements précoces ?

Et puis, il y a tout ce qui tourne autour, ce pass, ces contrôles. Se dire que vous aurez le droit ou non de faire des choses parce que vous présentez un QR code ? Non, je ne cautionne pas, je ne me fais même plus tester. Si je me sens malade, je reste chez moi, c’est de la logique, de toute manière en temps normal c’est ce que l’on faisait. Je n’ai pas envie de savoir si je suis positive ou négative. Pourtant, si j’étais positive je pourrais avoir un pass, mais je n’en veux pas. Et puis j’en ai ras le bol de me faire trifouiller le nez. Ce n’est pas ma vie, ça ne me correspond pas. J’ai envie d’être moi. Partout où j’ai retrouvé du travail, les gens s’en fichent complètement. De plus il est dit que les tests ne sont pas fiables. Ma fille avait tous les symptômes, perte de goût, etc., mais elle n’a jamais été testée positive. Il y en a d’autres qui sont testés positifs alors qu’ils ne sont pas malades, c’est un vrai schmilblick… Je pense qu’il y a beaucoup de psychose, au moindre éternuement les gens se rendent malades. On n’a jamais eu autant de maladies psychosomatiques, jamais autant de suicides, on pédale à côté du vélo, complètement ! Je ne cautionne rien de cette vie qu’on veut nous imposer. On m’a donné la vie, c’est ma vie, je fais ce que je veux de ma vie. Puisque Macron a décidé de nous emmerder, ben nous, on se démerde !