Johanne

Aide-soignante (Ille-et-Vilaine)

« Ceux qui il y a encore quelques mois nous applaudissaient, aujourd’hui nous ignorent et nous méprisent. »

Johanne a 31 ans, elle est aide-soignante dans un Ehpad depuis 12 ans. Elle habite un petit village aux alentours de Rennes, avec son mari, ses deux chats et son chien. Elle est suspendue depuis le 20 septembre.

Au début de la crise du covid, début d’année 2020, je continuais de travailler normalement malgré le manque de matériel. Nous n’avons eu des masques qu’à ma demande. En mars, l’administration ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. Nous n’avons jamais eu de cas avérés de covid dans notre établissement. Lors des différents confinements, le travail avait quelque peu changé, les résidents étaient confinés dans leurs chambres, ils n’avaient pas le droit d’en sortir. Je me souviens que nous avions des gros chariots pour déposer tous les plateaux dans les chambres. Tout le monde était solidaire, l’administration mettait la main à la pâte en nous aidant à monter ou à enlever les repas des chambres, c’était a contrario un bon souvenir pour moi, l’ambiance était bonne, bien loin de ce qui allait se passer plus tard.

À l‘époque, si l’on avait le moindre symptôme, nous étions arrêtés pour ne pas prendre de risques. J’ai été arrêtée 10 jours en mars et 5 jours en septembre par la médecine du travail.

Puis le début de la mascarade a commencé : arrivée des test nasopharyngés, au début si symptômes, puis 2 fois par semaine. Heureusement j’ai refusé de m’y contraindre, je n’y ai eu droit que 2 fois parce que je ne me sentais pas bien et je ne voulais pas prendre de risques.

Quand je voyais que mes collègues y allaient tous les 3 jours en râlant, cela me faisait doucement sourire car aucune d’elles n’a eu l’idée de faire comme moi et de refuser. Cela traduisait déjà la soumission de l’équipe. Entretemps, la vaccination des résidents avait commencé et avec elle les nombreux décès : 11 en 2 mois ! C’est énorme ! Je savais déjà qu’ils étaient liés à la vaccination, mais on ne me croyait pas, pire je passais pour une complotiste, le mouton noir n’est jamais bien vu dans un troupeau de blancs.

Bref au 12 juillet notre cher président, lui qui avait dit ne jamais rendre la vaccination obligatoire, change d’avis comme toutes les deux semaines.

Je me suis alors sentie trahie, non pas que je leur faisais confiance, mais parce que je pensais que dans un pays comme la France nous avions des droits et que personne ne pouvait nous forcer à faire quelque chose sans notre accord.

Je suis passée par tout un cocktail d’émotions : la colère, la haine, la tristesse, l’impuissance…

J’ai contacté mon syndicat pour savoir s’il y avait des choses à mettre en place pour nous défendre, on m’a dit de ne pas m’inquiéter, que cela ne passerait pas au Conseil Constitutionnel. Puis fin août j’ai relancé pour avoir cette réponse : « Pars tranquillement en vacances, ne pense pas à ça, quand tu reviendras on verra ce que l’on fait. »

Je suis revenue de vacances le 20 septembre. J’étais en horaire coupé, c’est-à-dire que je travaillais le matin, j’avais repos l’après-midi et je reprenais le travail le soir. Mon directeur m’a laissé faire ma matinée puis m’a convoquée vers 11 h 30 pour me notifier ma suspension.

À ce jour, je sais que j’ai pris la bonne décision et je ne regrette pas mon choix, et si cela était à refaire, je le referais sans hésiter, car je sais que ce n’est pas qu’une histoire de virus. C’est plus profond que cela, la société entière est vérolée et il faut changer cela. On ne construit rien de solide sur des fondations pourries.

Je ne souhaite pas me faire injecter ce dit-vaccin car il a été trop vite disponible pour être bon pour la santé et le fait de recevoir autant de pressions pour se le faire “vacciner”, cela suffit à mon cerveau pour dire non. Personne ne doit décider à ma place, surtout que personne ne sait de quoi il est composé. Je reste persuadée qu’il tue des gens, alors NON MERCI, ce n’est pas mon heure.

J’ai toujours une profonde colère envers le gouvernement et tout ce qui gravite autour, ainsi que pour mon directeur qui fait le mort et ne fait rien pour m’arranger. J’ai demandé une rupture conventionnelle pour pouvoir partir avec un peu d’argent et me laisser le temps de voir venir mais il refuse, persuadé que je démissionnerai.

Aujourd’hui je suis toujours sans revenus. Depuis 2 mois je cherche du travail, je postule partout où je peux mais les réponses sont négatives. Il y a des hauts et des très bas, mais je ne désespère pas, je crois au destin et quand ce sera le bon moment, cela arrivera.

J’aimerais devenir photographe professionnelle, ou agent immobilier, à voir. Pour le moment je suis bien occupée, j’ai rejoint ce beau projet LES ESSENTIELS et je m’occupe des témoignages, ainsi que des portraits sur mon secteur. Je remercie et suis reconnaissante à l’organisateur et à l’équipe de m’avoir permis d’y apporter ma contribution.

Cela me redonne foi en l’humanité et prouve qu’il existe encore des personnes sincères, solidaires, et vraies, contrairement à ce que je vois tous les jours sur les réseaux sociaux ou dans la rue. Nous sommes suspendus dans l’indifférence générale. Ceux qui, il y a encore quelques mois, nous applaudissaient, aujourd’hui nous ignorent et nous méprisent.