Gwendal

Infirmier (Ille et Vilaine)

« Un choix qui se transforme en obligation ça pose des problèmes éthiques. Dans la santé, on n’impose pas les choses. »

Gwendal a 32 ans, il est marié et père de deux enfants. Infirmier Diplômé d’Etat, il a exercé pendant 9 ans essentiellement dans le domaine de la santé mentale et addictologie. En CDD au moment de l’annonce de l’obligation vaccinale, il décide de ne pas prolonger son contrat et choisit une réorientation professionnelle.

Le 12 Juillet 2021 j’étais en exercice dans un hôpital de jour. On y accueille des patients ayant des problématiques de santé mentale avec des comorbidités addictives, alcool pour la majorité. La plupart des patients sont dans l’abstinence, ils ont arrêté l’alcool et ont besoin d’un étayage. Ils participent à des groupes de parole, à des activités thérapeutiques.

J’étais en CDD pour renforcer l’équipe soignante dans le cadre d’un accroissement d’activité lié au fait qu’on allait changer de logiciel informatique pour nos dossiers de soins. J’avais pour mission de recevoir en entretien tous les patients du centre et de réaliser et compléter leur anamnèse. C’était l’occasion de faire un point sur leur parcours de soins et leurs besoins.

Mon CDD se terminait fin Juillet. Mes cadres étaient en négociation auprès la direction pour la création d’un poste supplémentaire au centre de jour. C’est surprenant parce que d’habitude on assiste plutôt à des suppressions de postes. C’est ce que j’ai observé en 9 ans d’exercice, que ce soit dans le privé ou le public.

Quand j’ai appris l’obligation vaccinale pour les soignants, j’ai été profondément bouleversé, mais tout le monde était au courant, on s’y attendait avec les collègues. Dans notre équipe, sur une dizaine de soignants nous étions deux à ne pas être vaccinés contre le covid. Je respecte les collègues qui ont décidé de se faire vacciner dans les premiers, au début on avait le choix. Ils ont commencé avec un produit d’un certain labo, puis une dose de rappel d’un autre labo parce qu’ils étaient trop jeunes. Ca fait quand même un sacré mélange !

Je me suis demandé : « Pourquoi est-ce qu’on impose la vaccination aux soignants ? Pour protéger les patients ? » A l’époque on supposait que se vacciner ça protégeait les autres et que cela allait permettre d’endiguer l’épidémie. J’étais sceptique. Les virus sont instables, ils mutent ou se recombinent, ils s’adaptent pour continuer de circuler, la grippe en est un bon exemple. Normalement il faut des années pour mettre au point un nouveau traitement, mais le « vaccin » anti-covid est arrivé très vite. On n’a pas assez de recul. La phase expérimentale n’est pas terminée. En plus, c’est une nouvelle technologie sur l’homme : ARNm et ADN.

Un choix qui se transforme en obligation ça pose des problèmes éthiques. Dans la santé, on n’impose pas les choses.

Ce qui me frappe c’est qu’aujourd’hui, au moment de mon témoignage en Novembre 2021, on observe bien que la vaccination ne protège ni de la contagion, ni de la transmission. Pourtant la vaccination des soignants est toujours obligatoire. Pendant ce temps le système de la santé en France va très mal : des unités fermées, des suppressions de lits, des soignants au bout du rouleau. Peut-on vraiment affirmer que l’absence de vaccination de certains soignants traduit un refus ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une perte de confiance vis-à-vis des institutions ? Comment se fier à des tutelles qui, durant cette crise, ont multiplié les incohérences auprès des soignants ?

Pour moi c’est dans la continuité d’un effondrement, et un effondrement ça commence par la perte de l’esprit critique et du bon sens. Et l’effondrement du système de santé, c’est aussi symptomatique qu’il y a un vrai mal-être dans la société. Il y a une déconnexion terrible entre ce qu’il faudrait faire et la réalité du terrain.

Le vrai sujet n’est pas d’avoir des soignants vaccinés mais des soignants « tout court ».

J’ai quitté le domaine des soins, le domaine infirmier, tout en restant en accord avec mes valeurs. Je choisis de ne pas me faire vacciner, et ce choix est issu de mes propres réflexions et non pas d’une décision dictée par un dogme ou d’une mesure imposée par ceux qui assurent détenir la vérité.