Diane

Psychologue clinicienne (Val-de-Marne)

« Ce chantage au travail, c’est aberrant et scandaleux. Les gens ne réalisent pas encore ce que ça va être. »

Diane a 29 ans. Elle est psychologue clinicienne en hôpital psychiatrique, elle intervient aussi au sein d’un espace santé jeunes et elle est experte médico-psychologique pour les commissariats. Elle exerce depuis 6 ans. Elle est maintenant en congés forcés, puis sera suspendue fin octobre 2021.

J’ai vécu la première vague de la covid. Au début nous avions un masque par semaine, puis 2, puis 1 par jour et enfin 1 toutes les demi-journées, mais ça a pris du temps… Et pas de surblouse. Je me suis retrouvée à aller dans le pavillon « SAS covid », réservé aux patients arrivant par les urgences dans l’attente du résultat de leur test. Des patients déprimés, certains après tentative de suicide, qu’on enfermait, qu’on mettait en quarantaine, c’est horrible. Voilà les conditions.

Je travaille sur des patients en crise que je ne peux pas consulter en visio. Il faut travailler avec eux, avec leur corps, les toucher, donc au début j’ai suivi les mesures imposées, mais après j’ai arrêté de les respecter parce qu’on ne peut pas travailler dans ces conditions. Il suffit d’appliquer les gestes barrière. Je n’ai contaminé personne, je ne suis pas tombée malade.

Aujourd’hui c’est compliqué parce que à la fois j’ai beaucoup d’empathie pour les gens, à la fois je n’arrive plus à en avoir pour certaines personnes, alors que c’est mon métier d’être empathique. Au travail c’est un peu mitigé, on a des collègues qui nous soutiennent beaucoup, qui nous témoignent beaucoup de solidarité. Il y en a d’autres qui nous méprisent et qui font comme si on n’existait pas. Du coup je suis un peu partagée et en même temps j’ai beaucoup de peine pour les collègues qui font le double de travail. Je ne me permets jamais de juger mes collègues car je n’ai pas d’enfants, donc moins de contraintes.

Je suis en couple avec un collègue médecin qui est aussi suspendu. Nous venons d’acheter un bien, donc nous ne savons pas si on va pouvoir payer le crédit finalement. Tous les deux chez nous on est sur des modes déprimés, alors on vient aux manifestations parce que ça nous fait du bien et parce qu’il faut aussi porter la parole de nos collègues.

À l’extérieur, je pense que malheureusement les gens ne réalisent pas encore ce que ça va être. Les gens ne se rendent pas compte, ils sont réfugiés dans quelque chose, ils ont peur, ils sont angoissés, donc ça paralyse la pensée et ça reste dans l’émotion. Si on est angoissé, on ne réfléchit pas à ce qu’il se passe, à ce nouveau mode de vie complètement fou.

L’avenir ? Je le vois de deux manières. Soit l’obligation vaccinale pour tous passe et dans ce cas-là il n’y a plus le choix, mais je le vivrai comme un viol. Soit ça ne passe pas et si d’ici un moment on est obligé de renoncer à sa vocation, j’essaierai de réfléchir à ce dans quoi je me sens de travailler, mais ça va être un renoncement extrêmement douloureux. Ça me fera très mal mais je serais restée dans mes convictions.

Je refuse la vaccination parce que je pense que rien ne se fait avec le chantage. Déjà ça, ce chantage au travail c’est aberrant et scandaleux. Et puis cette histoire de vaccin avec un QR code qui permet soit-disant de protéger les autres, pas du tout ! J’ai plus peur des gens vaccinés que des non-vaccinés. Les gens vaccinés arrêtent de faire les gestes barrière et contaminent tout autant. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de QR code qui n’a aucun sens ?

Je crois surtout que les gens se rassurent comme ils peuvent.