Charline

Infirmière (Lot et Garonne)

« Comment ça se fait que les gens ne réagissent pas ? Comment ça se fait qu’ils ne comprennent pas ? »

Charline a 56 ans, elle est mariée et a deux enfants. Infirmière diplômée depuis 1988, elle a exercé 30 ans dans la fonction publique hospitalière, les dix dernières années en hôpital psychiatrique. Elle est suspendue depuis le 25 septembre 2021.

Actuellement je ne perçois rien, aucun salaire, je n’ai pas droit au chômage, je n’ai pas droit au RSA et l’hôpital me demande 570 euros de trop perçu pour le mois de septembre 2021. Je suis dans l’incapacité de me projeter sur l’avenir, je n’y arrive pas, je suis dans l’instant présent. D’abord par rapport à la conjoncture actuelle. Ensuite, j’ai 56 ans, j’ai besoin de retrouver de l’énergie pour pouvoir me projeter. Il faut que je fasse le deuil de ma vie professionnelle donc là je suis en pause et les projections sont pour l’instant difficiles. Pendant plus de 30 ans, j’ai toujours été dans le soin, je ne sais faire que ça, donc là c’est compliqué de rebondir pour moi.

Lors de la première vague je travaillais dans un service de psychiatrie avec les enfants (des hospitalisations à la semaine). Des règles incohérentes, absurdes ont été mises en place avec une peur énorme de ce virus. Nous avons été mis en télétravail, mais une infirmière en télétravail c’est un peu aberrant et le service a été fermé. Après on a repris les enfants, mais on ne prenait que deux enfants et on les isolait, chacun d’un côté pendant 4h avec un soignant. On avait désinfecté tout le matériel, les jeux. On limitait les jeux parce qu’on avait peur de la contamination. On ne savait pas, on n’avait aucune information sur comment le virus circulait, on ne nous les a d’ailleurs jamais données ces informations, du coup il y avait une peur énorme. Les enfants n’étaient pas bien, ils n’étaient plus embrassés, ils n’étaient plus touchés par leur famille ; nous on avait le masque, il fallait qu’on garde les distances alors que ce sont des enfants qui sont en souffrance et qui ont besoin de contact. J’ai assez mal vécu tout ça.

Quand je travaillais avec les enfants beaucoup de collègues étaient dans la peur, donc on respectait les consignes, certains se posaient des questions, mais là il n’y avait pas encore l’obligation vaccinale. Et après j’ai demandé un changement de service, je voulais revenir dans le monde des adultes parce que je trouvais que les enfants c’était trop douloureux, trop de maltraitance. J’aurais fait un burn-out si j’y été restée. J’ai demandé une mutation dans un service à l’hôpital de jour adulte et là, mes nouveaux collègues étaient très sympas, très chaleureux, très sympathiques, mais ils avaient encore plus peur du COVID que mes anciens collègues. Ils étaient pour la vaccination, tous. Tous se sont fait vacciner dès qu’ils ont pu et même si j’avais de très bons rapports avec eux, il y avait une pression énorme pour que je me fasse injecter. On m’a même dit que j’étais une tueuse, que j’étais irresponsable, que en tant qu’infirmière je me devais de me faire vacciner. Tous les matins j’avais droit à un laïus sur ça et même la psychiatre avec qui je travaillais, à un moment donné elle m’a dit « on va te plaquer au sol et on va t’injecter« .

Moi j’ai gardé mon cap. Après j’ai gardé de bons rapports avec une collègue dans ce service. Les autres je n’ai pas trop de nouvelles. S’il n’y avait pas eu cette psychose avec cette peur qui a été fortement propagée ce sont des collègues sympathiques, charmants.

Concernant l’indifférence générale de la population, j’ai ressenti de la tristesse, de la colère évidement, de l’inquiétude. Comment ça se fait que les gens ne réagissent pas ? Comment ça se fait qu’ils ne comprennent pas ? Comment ça se fait ? Et puis une collègue m’avait dit : « Mais c’est une bêtise que tu fais, comment tu vas faire si tu perds ton salaire, c’est complètement idiot« , parce qu’elle est très matérialiste aussi. Et les gens, ils n’ont pas envie de savoir, ils veulent pouvoir continuer à consommer, à aller au cinéma, à faire leurs voyages, ils ne veulent pas qu’on les embête. Donc ils ne vont pas chercher l’information.

Après j’ai souvent eu le sentiment, pas d’être une paria, mais d’être un danger potentiel, que je générais de l’inquiétude chez eux de ne pas être vaccinée, du coup ça met une distance physique, on ne peut plus s’embrasser, on ne peut plus se toucher, il n’y a plus ce contact. Et puis il y a aussi ma meilleure amie… et bien… je ne la vois plus. Parce qu’elle est en désaccord total avec mes choix.

Travaillant à l’hôpital depuis des années je vois les dysfonctionnements au niveau de la prise en charge à l’hôpital, de la manière dont on soigne. On ne soigne plus les gens. J’ai vu tout ça se détériorer. J’ai vu qu’on insistait beaucoup plus sur la prise des médicaments que sur le travail psycho-thérapeutique, que sur la thérapie institutionnelle en psychiatrie. Je voyais que le soin partait en déliquescence ; et puis la manière dont a été gérée la crise, avec toutes ces injonctions paradoxales qu’on nous a assénées en 2020 : « Non il n’y aura pas l’obligation vaccinale, non il n’y aura pas le pass » ; et puis tout d’un coup tout ça qui arrive. Je n’avais pas envie de participer à ça.

L’informatisation des actes du quotidien à l’hôpital au détriment de ce qui faisait lien et humanité m’a confortée dans mon refus. L’obligation vaccinale n’a été que la cerise sur le gâteau. J’ai travaillé dans l’unité covid de l’hôpital psychiatrique. Là aussi j’ai été confrontée à l’absurde. L’hôpital mobilisait plusieurs infirmières et aides-soignantes pour un patient covid, qui n’avait aucun symptôme (juste un PCR positif) et qui devait rester isolé, enfermé durant une semaine voire plus. Pire que la prison.

J’ai été choquée d’assister au chantage fait aux patients sur la pérennité de leur prise en charge en psychiatrie : « Si tu veux continuer à venir aux ateliers, tu dois te faire vacciner. ». J’ai été choquée de voir que la prise en soin allait dépendre de la présentation d’un pass sanitaire. J’ai été choquée de lire les directives de l’hôpital sur les différences de prise en soin en fonction de l’état vaccinal ou non du patient. Dans mes valeurs de soignante, il ne peut être question de discrimination.

Dire non à l’injection devenait une évidence, pour moi c’est d’abord un acte politique, parce que tous les laboratoires pharmaceutiques ont pris le dessus sur la manière dont on soigne en France, ce sont eux qui décident, qui disent aux médecins ce qu’ils doivent faire. Nous avons changé de paradigme, c’est Big Pharma qui décide de la manière dont on soigne en France et je ne peux pas cautionner ça. C’est une manière de dire non au gouvernement par rapport à toutes ces injonctions. Je ne supporte pas cette manière de normaliser la pensée et de nous interdire d’avoir une vision différente.

Et puis aussi, physiquement, en écoutant mon corps, mon corps m’a dit non, je ne veux pas recevoir cette injection.

Je n’ai jamais eu peur du covid, je n’ai jamais eu d’inquiétude. Je sais qu’il y a des traitements de première intention, j’ai écouté tout ce qu’il se disait à ce sujet-là. J’ai été révoltée de la manière dont on a empêché les médecins de soigner, j’ai été révoltée du fait qu’il y ait eu non-assistance à personne en danger. On disait simplement aux gens « Rentrez chez vous et prenez du Doliprane« . Donc ça m’a énormément choquée, mais ce n’est pas ça qui m’a motivé dans ma décision de dire non à l’injection. Je n’ai pas d’inquiétude vis-à-vis de cette histoire du covid.