Armelle

Educatrice spécialisée (Oise)

« Je suis égoïste ? 25 ans dans le médico-social, bénévole aux restos du cœur, donneuse de sang. Et vous, qu’avez-vous fait en 25 ans ? »

Armelle a 52 ans, elle est mariée et a deux enfants, de 23 et 25 ans. Elle travaille dans le secteur médico-social depuis 25 ans, actuellement dans un institut qui accueille des jeunes en situation de handicap. Suspendue le 15 septembre 2021, elle est actuellement en arrêt de maladie.

Je suis éducatrice, pas soignante. D’une manière générale, la population se préoccupe peu de notre condition. Contrairement aux soignants, applaudis lors du premier confinement, nous avons toujours été plus ou moins ignorés et la crise n’y a rien changé. Seules les familles voient et reconnaissent l’impact de notre action.

Au premier confinement, mon établissement était fermé et j’étais bénévole dans une maison d’enfants à caractère social. Ensuite, j’ai repris mon travail en essayant de m’adapter aux protocoles sanitaires qui changeaient en permanence. Nous avons reçu une avalanche de messages avec des informations floues et contradictoires, des injonctions diverses, des procédures incohérentes. La situation était compliquée, certains jeunes ont refusé de porter le masque, d’autres faisaient des malaises et surtout il y avait cette peur du Covid, avec de grosses angoisses liées à tout ça. Nos jeunes étaient vraiment angoissés, parce qu’ils sont psychologiquement très fragiles et la télévision en rajoutait.

Après le discours d’Emmanuel Macron, en juillet 2021, j’ai commencé à m’inquiéter. J’étais dans une grande confusion. J’ai reçu un message de mon employeur m’indiquant que j’étais prioritaire pour la vaccination, car j’avais plus de 50 ans. C’était très culpabilisant. Il était écrit que je travaillais au contact d’un public fragile et que je me devais de protéger les autres. Je me suis beaucoup interrogée et j’ai pris un peu de recul, me remémorant la période du virus de la grippe H1N1, que j’avais traversée alors que j’étais déjà dans le secteur social. A cette époque, l’état ne s’était jamais préoccupé de notre santé et là, du jour au lendemain, les soignants devenaient prioritaires. J’ai trouvé cela étrange.

J’ai cherché à me documenter et j’ai découvert de nouvelles sources d’informations, certaines officielles comme Santé Publique France, le réseau Sentinelles, etc., et aussi des voix dissidentes très éclairantes, comme Christian Perronne et Didier Raoult. Jusque-là je ne m’étais pas posée de questions, j’avais passé un an à me dire, comme tout le monde : « C’est une vague et puis ça va passer ». Mais avec la pression vaccinale, je me suis dit qu’il y avait anguille sous roche. J’ai décidé de ne pas me faire vacciner, parce qu’un vaccin développé en quelques mois ça ne pouvait pas être sûr. J’avais déjà entendu parler de l’ARN messager, mais jamais appliqué à un vaccin.

J’ai choisi de me donner du temps avant de prendre la décision. J’ai une relation forte avec mon corps, car j’ai souffert d’une maladie auto-immune il y a quelques années, que j’ai guérie moi-même, sans traitement ; je fais confiance à mes ressources physiques. Et puis j’avais eu la Covid en mars 2020, je ne l’avais pas déclaré parce que c’était le début, j’ai été malade 3 jours et c’est passé tout seul.

Nos métiers ne sont pas soumis à l’obligation vaccinale, mais notre établissement oui, car il relève du secteur médico-social. Pour les primes et la reconnaissance on n’est pas dans le Ségur, mais pour l’obligation vaccinale on est assimilé aux soignants. Bien que n’étant pas soignante, je devais donc aussi m’y soumettre comme tout salarié. J’ai été profondément tiraillée : soit je me faisais vacciner et prenais un risque pour ma santé, soit je refusais et perdais mon travail. La période a été très compliquée, surtout pour les collègues qui se sont fait vacciner à contre-cœur pour garder leur salaire. De mon côté, j’ai écouté mes convictions profondes et j’ai aussi la chance d’avoir un mari qui n’est pas sujet à cette obligation. Nous avons pu conserver un salaire.

Le 15 septembre, à 7h du matin lors de ma prise de poste, on est venu me chercher pour me demander la preuve de mon injection. Comme je ne l’avais pas on m’a dit que je ne pouvais plus travailler. J’ai dû insister à cinq reprises pour que la suspension me soit signifiée par un courrier nominatif et pas une note collective. J’ai exigé cette lettre pour ne pas risquer d’être accusée d’abandon de poste, comme cela s’est déjà vu ; j’ai fini par l’obtenir et j’ai quitté l’établissement à 7h30. C’est le comptable qui m’a signifié la suspension, en présence du psychiatre de l’établissement. J’ai tenté de dialoguer avec celui-ci, rappelant l’importance du consentement éclairé. « C’est la loi, on applique la loi », c’est la seule réponse qui m’a été donnée.

Une semaine plus tard, la Direction m’envoyait une mise en demeure suite à mon abandon de poste ! On nageait en plein délire ! Je ne me suis pas laissée faire et j’ai envoyé un courrier, auquel je n’ai jamais reçu de réponse.

J’ai été la seule de mon établissement à avoir refusé la vaccination et à être allée jusqu’à la suspension. Un de mes collègues a fait un abandon de poste et d’autres sont en arrêt de travail. J’ai rencontré le médecin du travail qui a refusé de répondre à mes questions, partout je me suis heurtée à des murs. Je me suis sentie abandonnée.

Je continue à ne pas comprendre comment on peut suspendre des professionnels de santé en pleine période de crise. Ce qui est sidérant, c’est qu’on manquait déjà de personnel ; ils ont bien recruté des remplaçants pour pallier le déficit d’effectifs, mais les profils ne sont pas toujours bien adaptés aux situations. Ceux qui sont restés en poste subissent une surcharge de travail et des changements d’horaires permanents. Le contexte devient très problématique, l’établissement va fermer 3 jours avant les vacances parce que ça devient impossible de le faire tourner dans ces conditions, les personnels craquent, beaucoup tombent malades. J’ai écrit à l’ARS, aux députés et aux sénateurs pour les alerter ; je n’ai reçu que deux réponses, me conseillant de me faire vacciner !

Je veux qu’on me prouve que ce produit est inoffensif et efficace, mais on sait qu’il ne l’est pas puisque des personnes doublement, voire triplement vaccinées attrapent la Covid. Le comble, c’est que mes collègues ont quand même pu travailler étant symptomatiques, alors que moi je n’y étais pas autorisée, quand j’aurais pu prouver que j’étais négative. Comment avons-nous pu en arriver là ? Comment peut-on rendre obligatoire l’injection d’un produit sous AMM conditionnelle ?

Comme toute personne non vaccinée, j’ai subi toutes les restrictions imposées dans la vie de tous les jours et dans la plus grande indifférence de tous. On nous culpabilise, nous les non-vaccinés, on nous bannit. J’ai perdu mon salaire, mes congés, je ne cotise plus à la retraite et malgré tout on me traite parfois d’égoïste, alors je réponds : « J’ai 25 années de carrière dans le secteur social et médico-social, j’ai été bénévole aux restos du cœur et je suis donneuse de sang. Et vous, qu’est-ce que vous avez fait pendant ces 25 ans ? » Certains m’ont dit d’aller me faire vacciner pour retrouver ma liberté. Ils n’ont pas compris que justement je suis libre et que je ne veux pas tomber dans le piège tendu aux vaccinés. Ils n’ont pas compris qu’ils sont tout, sauf libres !

Les gens ne se sont pas posés de questions, ils ont accepté de montrer un QR code et de se faire injecter un produit expérimental comme si c’était quelque chose de banal. Comment peut-on interdire l’accès d’un lieu à quelqu’un parce qu’il n’est pas vacciné, quand la vaccination n’empêche pas de contaminer ? J’ai été choquée aussi d’apprendre qu’on laissait les jeunes non vaccinés dans l’établissement lors des sorties en extérieur ; pour eux, pas de cinéma, pas de restaurant. De fait, ils sont discriminés par rapport aux autres et ce traitement ne dérange personne !

En février 2022, j’ai contracté le Covid une seconde fois. J’ai donc été réintégrée dans l’établissement et j’y ai été particulièrement mal accueillie, surtout par la directrice qui a été odieuse. Elle m’a changé d’équipe, modifié mon planning de travail, imposée des heures de récupération. J’ai été humiliée et maltraitée. J’ai tenu quatre jours, puis j’ai vu un médecin et j’ai été mise en arrêt de travail.

Les gens ne mesurent pas du tout les conséquences de cette loi du 5 août sur les soignants. Les français n’ont pas compris que la levée du pass vaccinal ne change rien à l’obligation vaccinale des soignants. La situation est la même pour nous depuis le 14 mars dernier. La pression est toujours là. La population n’a pas idée de la souffrance des gens qui ont vécu la suspension.

Si l’obligation vaccinale est maintenue, je ne sais pas encore comment je vais envisager la suite. Je suis en plein questionnement, j’espère obtenir une rupture conventionnelle afin de changer de métier. J’aime mon métier, j’ai toujours été dans l’accompagnement des personnes, mais je suis dégoûtée qu’on nous ait tellement maltraité. On a banalisé notre discours, on nous a injurié. Le médico-social est censé être un secteur tolérant, on croit travailler dans un univers où il y a de l’humanité, mais ce ne sont que des apparences, en réalité il n’y en a pas plus qu’ailleurs. Je suis écœurée de ce milieu.

Mais finalement, cette crise m’a offert l’opportunité d’inventer une nouvelle manière de vivre. Je fais du sport sans aller à la salle, je me fais livrer des repas au lieu d’aller au restaurant, je me suis assez facilement adaptée, mais le plus dur est de se sentir rejetée, même si je sais que la vérité éclatera un jour ou l’autre.

Pour l’instant, il faut tenir bon dans une société devenue inhumaine. Je suis heurtée à titre personnel et aussi en tant que travailleur social défendant des valeurs humaines depuis toujours.