Marine

Aide-soignante (Ille-et-Vilaine)

« Pourquoi les gens ne se soulèvent pas pour les générations futures ? Pourquoi on laisse passer ces choses-là ? »

Marine, 34 ans, vit seule avec sa fille. Elle est infirmière depuis 2009, métier qu’elle a arrêté en 2017 en raison des conditions de travail. Depuis elle est aide-soignante dans un foyer pour adultes handicapés. Elle perd son travail au 31 décembre 2021.

Début septembre, j’ai été en arrêt de travail. L’arrêt a été cassé par le médecin-conseil et se terminera le 31 décembre. Je cherche à changer de travail, à me réorienter parce que je ne souhaite pas réintégrer mon poste à cause de l’obligation vaccinale tout simplement.

J’ai eu l’impression de m’être sacrifiée au travail l’hiver dernier parce qu’on a eu un cluster dans notre foyer et près d’un tiers des résidents et des professionnels ont été testés positifs au covid. Du coup moi je me suis confinée, je ne voyais plus personne en dehors du travail durant cette période-là. J’ai attrapé le covid au travail, j’ai passé Noël seule. Ma fille, que j’ai en garde alternée, je ne l’ai pas vue pendant les vacances de Noël et cela a été assez difficile psychologiquement.

Nous, dans le social, nous n’avons pas droit à la prime Segur de 183 € qui est donnée aux personnels soignants, mais on nous oblige à nous faire vacciner. Je trouve que c’est une injustice et un manque total de reconnaissance.

Pour moi, il est hors de question de me faire vacciner, car cette vaccination est expérimentale. Je suis jeune et en bonne santé, donc je ne pense pas avoir besoin de cette injection. D’autant plus que le virus continue de circuler chez les personnes vaccinées, je ne comprends pas la logique d’obliger les soignants à se faire vacciner. Le vaccin est encore en phase de test, il n’y a pas de recul sur les effets secondaires et personne ne veut en prendre la responsabilité. Tout ça fait que je ne veux pas me faire vacciner.

Concernant ma décision, j’ai eu peu ou pas de soutien de la part des personnes vaccinées autour de moi, ni du côté professionnel. Mes collègues savaient depuis cet été que je ne le ferai pas, j’ai d’autres collègues qui ne sont pas vaccinés et qui sont également suspendus aujourd’hui. Et il n’y a pas eu de mouvement de la part des collègues vaccinés pour essayer de garder les personnes suspendues dans le service. Il y a même eu des pressions de certains collègues et de nos supérieurs pour nous faire vacciner.

Dans l’entourage, la décision n’a pas forcement été comprise, donc ça ferme les portes pour les discussions. Aujourd’hui je me sens exclue, je ne sais pas vers quoi je vais me réorienter professionnellement, ni si je vais avoir la possibilité de me former dans un autre domaine sans le pass, parce que j’ai peur que l’obligation vaccinale s’étende un peu partout.

J’ai très peur de l’avenir, surtout pour nos enfants. Et pour ma fille de 5 ans et demi j’ai un peu… pas honte de ce qui se passe, mais je me dis : « Pourquoi les gens ne se soulèvent pas pour les générations futures ? Pourquoi on laisse passer ces choses-là ? »

J’ai peur pour ma fille.