Collectif citoyen pour ne pas oublier

Marie-Noëlle

Infirmière en psychiatrie (Loiret)

« La suspension c’est comme une pieuvre avec plein de tentacules. Je me sentais comme une bête traquée, affolée, ne sachant où fuir. »

52 ans, célibataire sans enfant. Après 7 ans d’exercice en EPSM (Etablissement Public de Santé Mentale) Marie-Noëlle a été suspendue à trois reprises. Sa demande de rupture conventionnelle lui ayant été refusée, elle a fini par démissionner.

12 juillet 2021 : Je suis en état de choc devant mon ordinateur. Sidération. J’annule mes vacances en famille, ils n’auraient pas compris mon état et la décision que j’allais prendre. Ce jour-là, pour ceux qui ne le savent pas c’est le jour de l’allocution de Macron annonçant le pass sanitaire et l’obligation vaccinale pour les soignants, personnels des hôpitaux, pompiers, et plein d’autres professionnels, sous peine de suspension sans salaire, sans droit au chômage, pour une durée indéterminée. Un odieux chantage.

Je savais que Réinfocovid 45 existait et je m’y suis retrouvée dans une réunion dans les jours qui ont suivi. Il y avait pas mal de monde, dans l’incompréhension, la colère ou la sidération face à ces mesures extrêmement violentes instaurant une ségrégation. La société était divisée entre les bons citoyens, vaccinés et gardant leurs droits, et des sous-citoyens privés de nombreux droits. On se comprenait. Ça m’a fait du bien. Je m’y suis investie à fond. Ça m’a permis de tenir le coup, de faire quelque chose qui faisait sens pour moi dans la violence de cette suspension insensée.

Au travail, nous étions 4 non vaccinées sur 17 collègues avant le 12 juillet. Deux collègues se sont résolues à le faire, dont une la mort dans l’âme, et nous sommes restées à deux, avec le compte à rebours qui visait le 15 septembre 2021. Tic-tac… Heureusement qu’elle était là ! Merci. On se regardait souvent, on se soutenant comme on pouvait. Certains collègues comprenaient que tout cela était bien fou. Je ne sais pas vraiment ce que pensaient les autres. J’avais très peu de soutien. Un collègue plein de sollicitude me disait que ce n’était pourtant qu’une petite piqûre… Je ne les comprenais pas dans leur acceptation de cette folie et j’étais incomprise. Je me sentais comme une bête traquée, affolée, ne sachant où fuir. Tic-tac… Je n’étais plus en état d’accompagner des patients, j’ai été en arrêt maladie à partir de fin août.

J’étais devenue infirmière à 42 ans suite à une reconversion. Je travaillais dans ce CMP depuis 2018. J’ai beaucoup aimé travailler dans cet endroit. Après un parcours de précarité professionnelle, je me sentais enfin à ma place. J’aimais recevoir les patients en entretien, aller les voir à domicile, être à l’écoute des familles, démêler des situations, travailler avec mes collègues. J’étais bien intégrée dans l’équipe. Je me voyais y rester encore plusieurs années…

30 octobre 2021 : première suspension à la fin d’un arrêt maladie. A ce moment, je voulais retourner au boulot. Comme beaucoup j’ai attrapé le covid volontairement pour avoir le sésame, un certificat de rétablissement valable 6 mois, puis 4 mois par la suite. C’était juste un énième changement de mesure instauré par l’Etat. Quand j’ai repris le travail, j’ai été plus ou moins mise au placard. Les collègues parlaient de choses et d’autres comme si de rien n’était, et moi j’allais être re-suspendue. C’était violent. Il y avait un nouveau tic-tac… Le soir et le week-end, j’avais une autre vie, celle d’une militante. Au CMP, j’ai craqué avec un nouvel arrêt maladie. Quelles sont les raisons pour lesquelles les collègues ne m’ont-ils pas défendue ? Etaient-ils en accord avec cela ? Etaient-ils impuissants, sidérés ? Ou autre chose encore ? Je remercie les rares collègues qui ont été présents à leur manière.

23 mars 2022 : seconde suspension. Re-covid, pas exprès cette fois. Mais là, quelque chose était cassé avec ce CMP et quelques collègues, je savais que je n’y retournerais plus. J’ai été réintégrée, mais je suis restée en arrêt maladie et je savais quand tomberait la date de la prochaine suspension. J’avais besoin de témoigner, alors j’ai entamé un compte à rebours sur facebook, J-10 avant suspension, J-9 avant suspension… en racontant ce que je vivais.

23 août 2022 : troisième suspension. Je l’ai vécue toujours aussi violement. Là, j’ai compris qu’il fallait que je quitte ce système fou pour sauver ma santé mentale et physique bien mise à mal. J’ai demandé une rupture conventionnelle. Refus au motif de ma « responsabilité exclusive ». Je n’avais jamais eu d’entretien avec quiconque. Suite à un recours en référé, j’avais enfin eu un entretien avec la directrice adjointe en janvier 2023. Elle a à nouveau refusé la rupture conventionnelle « au regard de la crise de recrutement que nous connaissons actuellement, notamment les métiers en tension et en particulier celui d’infirmier que vous exercez ». Injonction paradoxale, je n’avais pas le droit de travailler et d’avoir un salaire, et pas le droit de partir avec des droits. Pourtant on connaît en psychiatrie les conséquences délétères des injonctions paradoxales. Pourquoi les psychiatres, les psychologues n’ont-ils rien vu, ou rien dit ?

Il fallait que je me sorte de là, alors j’ai démissionné. Si je me mettais en disponibilité je perdais le RSA que j’avais depuis peu. Et j’étais incapable de travailler par ailleurs. Au bout de 4 mois de démission j’ai demandé que mes droits au chômage soient réétudiés par mon ancien employeur. Ils me l’ont accordé, mais en prenant dans le calcul mes 8 mois de suspension sans salaire. Donc j’ai eu un chômage amoindri. Bon, c’est mieux que rien ou que le RSA !

La suspension c’est comme une pieuvre avec plein de tentacules. Quand on pense en avoir fini ses conséquences arrivent d’un côté inattendu. Avec la participation de nombreuses personnes qui appliquent simplement les protocoles. Ces suspensions, c’est un plan social du système de santé. Mais un plan social sans les droits dont bénéficient classiquement les salariés. Pas de prime de licenciement, pas de chômage, pas d’aide à la reconversion. On a été considéré comme des parias de la société, des sans droits.

Mon regard sur la vie au CMP depuis le covid

Au premier confinement on devait être en effectif minimum au CMP et chaque infirmier ne travaillait que 3 jours sur 5 pour qu’il y ait un roulement. Les 2 autres jours nous devions rester confinés chez nous comme tout le monde. Et nous étions payés pour cela.

On avait pour consigne de ne recevoir les patients au CMP qu’à minima, de les appeler si besoin sans rester au téléphone trop longtemps car nous étions en effectif réduit. J’ai mal vécu cela, car je trouvais que ce n’était pas adapté du tout de ne pas recevoir les patients, et qu’on aurait dû être d’autant plus présents à cette période difficile. J’ai ressenti qu’on abandonnait ces personnes fragiles psychologiquement chez elles, dans leur confinement, dans leur isolement.

J’ai fait des remplacements en intrahospitalier, toujours en psychiatrie, et j’ai été atterrée de voir que les patients étaient confinés dans leur chambre, isolés. Alors que c’est le lien qui contribue principalement au soin en psychiatrie. Heureusement, pour les confinements suivants les consignes étaient de travailler comme d’habitude et de recevoir les gens le plus possible au CMP.

J’avais du mal à supporter l’impossibilité de discuter, les remarques catégoriques sur le sujet du covid, des masques… Et j’osais peu dire mes questionnements. Certains collègues ont forcé la main à des patients qui ne voulaient pas se faire vacciner. J’en étais malade. Mais je ne disais rien, je savais que moi-même j’allais être éjectée ! Où est passé le consentement libre et éclairé ?

De nombreuses personnes ont eu des problèmes psychologiques en conséquence collatérale des mesures de gestion du covid. Les demandes de suivi au CMP ont augmenté, pas les moyens. Suite à ma suspension, je n’ai pas été remplacée pendant deux ans environ.

Pourquoi ma position ?

J’étais en alerte rouge sur plein de choses que je trouvais anormales et violentes. En voici quelques-unes :
• Laisser des personnes âgées en EHPAD sans voir leur famille, même mourantes.
• Ne pas pouvoir aller aux enterrements pour rendre un hommage à des proches décédés.
• Confiner alors que ça fait du bien pour le corps, le moral, l’immunité d’être dehors, au soleil, et de bouger.
• S’isoler les uns les autres alors qu’on est des êtres de lien et que c’est un besoin vital.
• Faire un confinement généralisé sans en imaginer les conséquences (c’est comme diffuser un nouveau traitement médical sans essais thérapeutiques préalables).
• Que les enfants voient à longueur de journée des adultes masqués, y compris leur enseignant pour apprendre à lire.
• Que des enfants naissent en voyant leur mère masquée et des personnes masquées autour d’eux.
• Être confiné, avec toutes les violences dans les familles dysfonctionnelles.
• Que beaucoup de soins soient reportés, ou annulés.
• Une propagande vaccinale comme remède unique qui va nous sauver.
• Toutes les injonctions, les mesures changeantes pour les écoles, les entreprises, les citoyens.
• Les conflits d’intérêts des médecins de plateaux télé, ou qui s’exprimaient dans les médias. J’étais effarée de voir sur le site transparence.sante.gouv.fr tous ces financements par des labos, mais dont on ne parlait pas.

Et j’en passe. Pour quelles raisons tant de personnes étaient d’accord avec tout cela ?

Donc je me suis renseignée sur le net et je suis rapidement tombée sur les vidéos du Dr Raoult et du Conseil Scientifique Indépendant, des chercheurs sans liens d’intérêt qui se sont réunis et exposent leurs recherches en vidéo depuis avril 2021. J’ai trouvé tout ce qui se disait de ce côté plus cohérent, logique et rationnel que ce que j’entendais dans les médias dominants. Et j’ai compris qu’on pouvait soigner le covid. Et pour quelles raisons ces gens étaient-ils traités de complotistes ? Pourquoi le débat était-il interdit ?

Et là je me suis rendue compte de la censure. Ces discours dissidents me parlaient, mais je ne suis pas apte moi-même à décortiquer une étude scientifique. Mais ce qui était clair pour moi c’est que le débat aurait dû avoir lieu, et il n’était pas permis. Ça rajoutait une alerte rouge.

Et puis le consentement libre et éclairé ça a un véritable sens. Il a été massacré !

En parallèle de ces évènements

Je me suis investie dans Reinfocovid. A ce titre, avec ma binôme Aline on a reçu des appels de professionnels hagards, dégoûtés, sidérés, choqués, dans l’incompréhension totale, parfois désespérés, parfois avec des idées suicidaires. Sans soutien des syndicats, sauf à quelques trop rares exceptions. Merci à ces personnes, elles ont été précieuses, mais trop isolées, démunies et non suivies par leurs collègues. Un syndiqué a même répondu à une soignante qu’elle pouvait trouver un mari riche ! Les gens étaient démolis. Pour quelles raisons les syndicats nous ont-ils laissé tomber, sans salaire, sans chômage, sans droit à partir en rupture conventionnelle, sans soutien ?

Pas de soutien non plus de la plupart de mes repères de gauche. Un cadre en retraite du syndicat Sud, quand je lui ai dit que j’étais suspendue, a juste mis en parallèle les morts en maison de retraite. Une personne d’Attac m’a répondu en parlant des pays les plus pauvres qui n’avaient pas notre chance d’avoir le vaccin. J’ai eu un mail atterrant d’Amnesty International en octobre 2021, dont voici la dernière phrase : « En résumé et dans la mesure où toutes les conditions et garanties mentionnées plus haut sont remplies, Amnesty International ne s’oppose pas à la vaccination obligatoire du personnel médical, ni à la mise en place en France du Pass sanitaire. » Amnesty d’accord pour que des salariés soient devenus des sans droits ! Où étaient-ils ces gens-là pendant que nous étions traités comme des parias, en France, dans un pays de droits ?

Sans compter les incompréhensions ou la banalisation du sujet de la part de certaines amies, de vieux potes : « C’est normal que les soignants aient l’obligation vaccinale » – « Bein quand même ! Pourquoi tu t’es mise dans cette situation ? ». Sans compter le silence de la plupart des gens quand je leur en parlais. Ce sont plein de mots, de regards, de silences, d’attitudes blessantes dans un contexte de traumatisme. Pour quelles raisons ne disaient-ils pas que c’était dégueulasse, scandaleux, violent, injuste ?

Je me sentais comme sur des sables mouvants : suspendue, plus de salaire, cela à durée indéterminée, sans soutien de mes anciens repères politiques ou associatifs. Perte d’identité et de liens, perte de sens, ostracisation, tant au niveau professionnel à cause de la suspension, que socialement en raison du pass sanitaire. Comment les gens ont-ils pu accepter cet apartheid dans un pays de droits ? Définition d’apartheid sur le site larousse.fr : « Discrimination, voire exclusion, d’une partie de la population, qui ne dispose pas des mêmes droits, lieux d’habitation ou emplois que le reste de la collectivité. »

J’ai ruminé dans mes insomnies en retournant mille questions dans tous les sens, toutes les questions que je pose ici et d’autres encore. Je me réveillais le matin avec les mêmes interrogations. J’alternais entre colère, déprime, incompréhension, peur de la réaction des gens. Tout cela pendant plus d’un an. J’ai commencé à aller mieux peu à peu quand j’ai démissionné. Mais ces questions je me les pose encore trois ans plus tard.

Devenir

Psychologiquement pour moi ça a été un traumatisme. Mon corps a été impacté. J’ai dû faire appel à plusieurs professionnels de santé pour tenir le coup. Je reste avec une fatigue chronique.

Depuis ma démission je pose les pierres d’un projet professionnel. Je me sentais à ma place dans ce monde de la psy, alors je tente ma chance en libéral comme psychopraticienne. J’ai fait une formation à une méthode de psychothérapie, l’IFS – Internal Family Systems. C’est une méthode passionnante. Mon intérêt pour le domaine psy et pour l’accompagnement est toujours là et je me suis installée. Mais il y a un changement de paradigme important entre infirmière en CMP (service public gratuit) où on refusait de nombreux patients et psychopraticienne en libéral ou je cherche le client dans un monde concurrentiel. Quand je reçois des clients je sais que je suis à ma place. Mais il faut faire sa communication, prospecter… et là c’est une autre histoire.

Heureusement pendant cette période…

Il y a eu les collectifs, où les gens nous comprenaient, nous ont soutenus comme ils pouvaient. Les gens s’aidaient car même sans être suspendu la vie d’un non vacciné en période de pass pouvait devenir très compliquée. Il y a eu des gens très impliqués localement et nationalement qui ont porté la parole et mené des actions. Il y a eu le besoin de liens entre humains qui nous a fait nous trouver, nous entraider, refaire société. Il y a eu des bras soutenants pour accueillir nos larmes et des amitiés qui se sont créées. Il y a eu des rencontres avec d’autres suspendu-es. Je sais qu’encore aujourd’hui pour nombreux d’entre eux la blessure est toujours là.

Epilogue

Encore en novembre 2024, la blessure de la suspension est là pour moi, toujours profonde. Et je sais que c’est le cas pour de nombreux suspendus et assimilés et aussi pour d’autres personnes non vaccinées. Et j’imagine qu’une blessure est là pour beaucoup de personnes qui se sont fait vacciner sous contrainte.

Et je pense aux gens qui ont leurs vies gâchées par les effets indésirables des vaccins, à ceux qui en sont morts et à leur famille. Et je suis de tout cœur avec les associations qui se battent pour que ça soit reconnu : Où est mon cycle, AAVIC TEAM, On a eu not’ dose, Les Désenfantés, Verity France. Pour quelles raisons ne sont-ils pas entendus ?

Il existe des secrets de famille. Parfois, quand une violence a été faite elle est couverte par la plupart des membres de la famille, qui l’ont infligée ou qui ont laissé faire. Par honte, par peur, par déni, ou autre ? Peut-être que ce phénomène existe à l’échelle de la société ?

Témoignage recueilli en novembre 2024