Karine
Assistante Sociale (Somme)
« Ce système est pervers. Il m’a mise à l’écart et les gens autour de moi ont laissé faire. »
Karine a 51 ans, elle est veuve, elle a deux filles encore à charge, dont une en études à Paris. Elle est suspendue depuis le 15 septembre 2021, après 17 ans à accompagner des familles dans un Centre de Rééducation pour Enfants avec Déficients Auditifs (CREDA).
Je vais d’abord parler de mon époux, parce qu’il est décédé en 2019 d’un cancer très rare et j’ai lutté pour avoir un traitement innovant à base d’ARN messager. Je l’ai obtenu à Paris, c’était un traitement expérimental, et quand je l’ai rapporté à Amiens le médecin de l’hôpital est venu me voir en disant « Écoutez Madame, on ne va pas le faire parce qu’on ne sait pas si ce ne sera pas pire. L’ARN messager c’est assez nouveau et on n’en sait pas encore grand-chose. » Donc mon histoire avec le vaccin, elle démarre de là.
Mon travail c’est une vocation, j’exerce dans un service d’éducation et de soins spécialisés à domicile, j’accompagne des enfants sourds qui ont des problèmes de communication et leurs familles, 65 familles au total. Le Covid est arrivé et j’ai eu peur. C’était le premier confinement, mon époux travaillait à Leroy Merlin et j’ai pensé « si Leroy Merlin ferme, c’est la fin du monde ! » Et Leroy Merlin a fermé pendant 15 jours. Je trouvais quand même bizarre que l’on ferme tout en mars alors qu’il y avait des gens malades depuis octobre.
Je suis comme les autres, j’ai eu peur, je ne voulais pas mourir, je ne voulais pas laisser mes enfants. Au travail on a fait une réunion de crise pour organiser le suivi des familles, qui risquaient d’être isolées. On a fait du télétravail, mais je devais quand même me déplacer aux domiciles, ça fait partie de mon travail. J’y allais avec des sacs poubelle pour me protéger, et au bout de 15 jours les choses se sont un peu apaisées.
BLANC
Du système à la précarité
En mai 2021 le médecin de l’équipe parle de vaccin « Il faut y aller, même si on ne sait pas tout, il faut y aller. » Très rapidement des collègues se font vacciner et m’encouragent à y aller avec eux. Je suis asthmatique, je fais partie des cas soi-disant à très grand risque, sauf que j’ai cette histoire derrière moi, cette phrase qui me résonne en tête sur l’ARN messager. J’ai eu des vaccins toute ma vie, je ne suis pas contre le système, je ne suis pas une complotiste, je suis plutôt dans le système en fait, mais je me dis « Moi je ne vais pas le faire ce vaccin », parce que j’évalue le pour et le contre, mon âge, mon état de santé, le fait que je fasse du sport, que j‘aille plutôt bien et que je ne l’ai pas encore attrapé. Donc je n’y vais pas.
Je commence à me questionner, j’ai envie de comprendre et j’interroge des gens qui sont décrits comme des complotistes. J’en avais rencontré sur Amiens, mais pour se faire un avis il faut entendre tout le monde. Je me fais un réseau amical dans l’Oise et là je me rends compte que ce n’est pas du tout le même discours que dans la Somme, ils questionnent davantage le gouvernement. J’ai lu et écouté pas mal de choses, certaines un peu bringuebalantes, d’autres plus solides, bref, je me suis fait une opinion, je ne suis pas hors système, je ne suis pas une illuminée. Je travaille, tout va bien, et en juillet il y a l’annonce du président de la république. A priori on est encore en guerre, il faut tous se soumettre à des mesures que je trouve complètement aberrantes. Je suis en bonne santé et je ne veux pas prendre le risque d’un produit qui m’a été décrit en 2019 comme une technologie non maîtrisée en fait.
De mi-juillet à fin août je suis en vacances. Je vais voir mon médecin traitant, avec qui j’avais de bons rapports à ce moment-là « Je ne sais pas quoi faire, docteur, je n’ai pas envie de faire le vaccin, mais si je ne le fais pas je perds mon travail. » – « Oh, mais non, le vaccin c’est bien. Pensez aux autres Karine, ne soyez pas égoïste. » J’ai confiance en lui, il a soigné mon époux, je finis par lui dire « OK, alors vaccinez moi » et là c’est un autre discours, il me dit que ce n’est pas lui qui vaccine, qu’il se passe des choses… Je sors de son cabinet avec tout ce brouhaha dans ma tête, en me disant que je suis inconsciente, je n’ai plus d’époux, ça m’a fait perdre une certaine sécurité financière, et je risque de perdre mon travail si je refuse ce vaccin.
Je décide d’aller manifester à Paris tous les samedis avec des amis, plutôt avec des gens de l’Oise, et là je discute avec des journalistes, je rencontre Alexandra Henrion-Caude, je croise beaucoup de personnes qu’on voit sur les réseaux, et aussi des Gilets Jaunes que j’avais rencontrés à l’époque, parce même si je n’en faisais pas partie je voulais comprendre. Et entre le discours des médias et ce que je vis le samedi, au milieu de ces gens qui réfléchissent, qui sont loin d’être des dingues ou des violents, dont je fais de plus en plus partie désormais, il y a un décalage immense. Je regardais les chaînes d’info en continu comme tout le monde et je me dis « Il y a un truc qui ne va pas. »
Tout le mois d’août je manifeste à Paris, puis je pars un peu en vacances à Lyon, où je vais aussi manifester parce que j’ai des valeurs et que je suis mes idées. Et là je vois une dame âgée avec sa pancarte « J’ai vécu la guerre et ça a commencé comme ça. On nous a enfermé dans des idées. Moi j’ai 85 ans, ça veut dire que ma vie est derrière, je ne veux pas me faire vacciner. Pourquoi je prendrais ce risque ? Je ne veux pas. »
La fin du mois d’août arrive et je dois reprendre le travail. Le 23 août mon employeur m’appelle pour me dire de venir avec mon certificat de vaccination. Je lui dis « Non, je n’ai pas fait la démarche. Je réfléchis. » – « Ne réfléchissez pas trop, mais pour revenir au travail demain il faut faire un pass. »
Commence alors la valse des tests, un truc de fous où il faut subir une intrusion pour pouvoir aller travailler. Je prends rendez-vous à ma pharmacie, ce sont des gens qui me connaissent, qui nous ont suivi au moment où mon époux était malade : « Vous n’en avez jamais fait jusqu’ici ? vous allez voir, ce n’est pas terrible ». On fait le test et là mon corps réagit de façon extrême. En fait ça repousse tous les pollens coincés dans le nez et je fais une crise d’asthme, mais un truc de malade qui dure 45 minutes ! Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, la pharmacie veut appeler le SAMU, je refuse et ça finit par se calmer. J’arrive au travail une demi-heure en retard, avec mon test négatif et mon QR code.
Je me fais scanner pour pouvoir rentrer dans la structure, mais au rez-de-chaussée on nous attend avec du gel, des masques, des gants, alors qu’un mois et demi avant il n’y avait pas tout ça. Je dis « Mais c’est quoi cette folie ? Je viens de me mettre du gel sur les mains dans la voiture, il faut que je recommence ? » – « Oui, oui. ». OK, j’accepte de faire des tests, tous les 4 ou 5 jours au départ, mais j’avais vraiment été très mal, je ne veux pas subir ça à nouveau, je vais faire un test salivaire. Mon médecin me fait un certificat médical, mais au laboratoire ça ne se passe pas comme ça, on me dit « Vous n’êtes pas vaccinée et bien il faut souffrir maintenant. » Oui, je suis tombée sur des gens comme ça, des gens à qui le Covid, ou plutôt les mesures gouvernementales ont donné du pouvoir, le pouvoir de dire oui ou non, de donner un QR code ou de ne pas le donner. Mais moi j’aime comprendre, donc j’insiste « Mais j’ai une prescription, s’il le faut je le paye. C’est tout aussi valide, je ne comprends pas. J’ai un problème de cloison nasale, mon médecin m’a fait un certificat médical, je ne veux pas le test nasal. Je veux voir votre supérieur. » La supérieure vient et me prend à part dans une pièce : « Je suis désolée, c’est la secrétaire. Mais bon, je vais faire ça en cachette demain matin, on ne lui dira pas. » Ce jour-là je sors sans avoir eu mon QR code et je vois tous les dysfonctionnements institutionnels des gens à qui on a donné du pouvoir. Leur travail c’est de faire ça, un point c’est tout.
Le lendemain, samedi, il faudrait que je me lève à 6 h du matin pour aller la voir et qu’elle me fasse le test. Finalement je décide de ne pas le faire, d’aller manifester et tant pis, je n’aurai pas de QR code, on verra bien lundi matin pour aller travailler. Mais en sortant je pleure, parce qu’à ce moment vous vous sentez sale, vous vous sentez marginalisée, mise à l’écart… Il y a toute une foule d’émotions qui vous arrivent, un sentiment d’injustice… Alors que je n’ai fait de mal à personne et que pendant le Covid j’étais là.
Avant de partir manifester ma fille, qui a 19 ans, me dit « Je vais me faire vacciner, Maman. Je suis à Paris, je veux aller dans les musées, je veux sortir, tu comprends ? ». Elle est en fac d’histoire, elle a bossé comme une dingue pour ça, mais aussi elle est à fond dans le système, c’est normal, elle n’a pas été élevée dans la contestation, elle croit à des valeurs comme l’égalité, la liberté… Et en même temps elle me voit souffrir, raconter les insultes que je subis, ne pas comprendre. Ma meilleure amie, qui elle s’est faite vacciner, arrive et ma fille me dit « On va faire ton T-Shirt pour aller manifester. » Et sur le T-Shirt elles écrivent Liberté, elles écrivent Vérité, elles écrivent que je suis quelqu’un de juste, que je ne suis pas marginalisée, elles écrivent « Admirée en mars 2020, humiliée en août 2021 ». C’est incroyable, tout ça résonne dans ce que je suis et je pars avec mon T-shirt rejoindre mon groupe d’amis pour manifester.
Les jours passent et je ne peux pas croire que je vais perdre mon travail. Je n’ai qu’un salaire, c’est moi qui paye la maison, qui donne à manger à mes enfants, je suis quelqu’un de responsable, je suis une citoyenne, je vais toujours voter, je n’ai jamais été une délinquante, ça ne peut pas se passer comme ça.
Et un jour, le médecin avec qui je travaille et que je pensais être une amie vient me voir dans mon bureau et finit par me dire « Je suis allée sur ton compte Facebook, j’ai vu ce que tu partages. Je crois que tu es dans une secte. » – « Dans une secte ? Je ne comprends pas. » – « Oui, tu suis des gourous. » – « Ah bon, mais c’est qui les gourous ? C’est une blague ! C’est quoi cette histoire ? De qui tu parles ? » Et elle me sort « Didier Raoult ». Je ne comprends pas, je ne suis pas une pro Didier Raoult, je n’ai jamais rien partagé avec lui, je le respecte parce que c’est quand même un médecin chercheur renommé mais je ne parle de rien au travail, je garde mes idées pour moi. Je lui réponds « Tu te rends compte de ce que tu me dis ? Tu sais que j’ai les pieds sur terre. Il y a 2 ans, quand mon mari est décédé je suis revenue travailler, je n’ai rien demandé à personne. Et là tu viens me voir en me disant que je deviens dingue ? Et tout ça au lieu de m’aider à rester au travail le 15 septembre. »
Quelques jours plus tard je suis convoquée par le directeur qui essaye de me faire changer d’avis « On veut vous garder Karine, ne faites pas ça. On va vraiment être poussés à vous suspendre, je ne veux pas. » Je l’informe que j’ai accepté de prendre une stagiaire pour le 8 novembre, qu’entretemps j’espère avoir le Covid et que je pourrais revenir travailler avec un QR code.
Le 14 septembre au soir je finalise tous mes accompagnements, j’organise des relais avec mes collègues et avec le directeur pour que les gens ne soient pas en difficulté, mais juste avant de partir je suis appelée par la gendarmerie dans le cadre de mon travail. Je ne peux pas y être avant 17h30 et ils sont en colère après moi parce que j’ai imposé l’horaire. J’arrive comme je suis, avec de la peine parce que je sais que dans quelques heures je n’ai plus de travail et je suis tout doucement en train de le réaliser. Je dis au gendarme qui m’engueule : « Écoutez, ça suffit, dans quelques heures je suis suspendue, alors lâchez-moi ! » Il me demande pourquoi et quand je lui dis que je ne suis pas vaccinée il va chercher ses collègues. Ils reviennent à trois et me disent « On est avec vous. Nous on a été obligés parce que sinon on perd notre travail et on ne peut pas, on a nos enfants, c’est des petits. On a la maison, on ne peut pas. On est à 500 % avec vous. On s’excuse. » Je fais mon travail et je me dis que ce n’est pas pour rien que ça arrive comme ça.
De retour au bureau le directeur m’attend, je crois qu’il a vraiment de la peine. Il est 19h, tous les collègues sont partis, il me dit « Écoutez Karine, on vous a demandé de vous taire, de ne rien dire aux familles, vous l’avez fait. On vous a demandé de ne rien dire aux collègues, vous l’avez fait. Et puis là, vous allez disparaître. J’espère qu’au 8 novembre vous serez revenue. Il faut revenir Karine. » Il va me dire que mon bureau, c’est mon bureau et c’est vrai que j’y ai passé 17 ans. Alors j’ai laissé toutes mes affaires, des affaires intimes aussi, je ne l’ai pas vidé, je n’ai pas réussi… Je pensais revenir, j’étais dans le déni de ce qui se passait, ou plutôt dans l’incompréhension de ce que le gouvernement allait me faire. Au départ je m’étais dit « C’est de la folie ! On ne va pas suspendre des gens comme ça ! C’est impossible. Ils ne vont pas aller au bout. ». En fait, jusqu’au bout on n’y croit pas, on est dans le déni.
Je lui rends mes clés, mon portable et je pars.
BLANC
Marginalisée
Le 15 au matin je me réveille, je n’ai plus de travail. Moi qui ai tout le temps travaillé, même quand mon époux était malade, qui n’ai jamais arrêté, qui faisait des horaires de dingue, je n’ai plus de travail. Mes filles viennent me voir. Je dis « Ce n’est pas grave, je vais aller à la bibliothèque ». Et là ma fille me regarde en pleurant : « T’as pas compris, Maman. Tu ne vas pas aller à la bibliothèque parce que tu n’as pas le droit. Tu peux aller dans les magasins, mais pas à la bibliothèque, ni dans les musées… » Je n’avais pas réalisé en fait…
Donc, à partir du 15 je me retrouve seule face à moi-même, avec d’abord la réalité du vide de l’absence de mon époux, que je n’avais pas subie parce que quand il est parti, le 19 juillet 2019, ça n’a pas été facile mais je suis retournée travailler tout de suite après. Là je suis suspendue, j’ai l’impression d’être seule au monde, je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, je ne comprends rien.
On m’avait demandé de poser mes congés, donc jusque fin septembre j’avais un salaire, diminué mais quand même un salaire, et je sais que fin octobre ça ne va pas être la même histoire. A côté de ça je travaille aussi ponctuellement dans un centre de formation. Ils me voient perdre du poids, ils se demandent ce qu’il se passe, mais Amiens ce n’est pas grand, l’information circule vite. Une collègue a appris que je n’avais plus de travail, je lui raconte mon histoire et là je m’écroule, je pleure, je dis que je ne veux pas me faire vacciner, et je me rends compte que je n’y arrive pas psychiquement, ni physiquement, et que plus le temps passe plus je sens que quelque chose ne va pas. Pourtant je n’impose mes idées à personne, mon choix de ne pas me faire vacciner c’est du domaine de l’intime, sauf que le gouvernement vient de m’exclure de la société toute entière ! Elle me propose de la rejoindre à déjeuner pour en parler et je lui dis « Je ne peux pas aller manger avec vous le midi à la cafétéria. Il faut que je mange toute seule dans une salle. » Et tout ça, on ne se rend pas compte de ce que ça fait aux individus…
Un jour je reçois un message d’une dame de Réinfo Covid qui me dit que quelqu’un vient de créer un groupe sur Amiens. C’est un kiné en libéral qui a dû fermer son cabinet et son épouse qui travaillait à l’hôpital, tous deux ont refusé la vaccination. Il y a aussi d’autres collègues, tous sont suspendus, on est comme ça une quinzaine de personnes et je réalise que je ne suis pas seule. Ce sont tous des gens comme moi, ni des hurluberlus, ni des gens qui croient que la terre est plate, des gens qui avaient une vie et qui sont en train de ne plus en avoir, qui cherchent à se reconstruire très rapidement parce qu’on ne va pas mourir à cause de ça. On se soutient, on s’entraide, on échange des informations, on se donne à manger. Moi je propose de faire de la relaxation, parce que j’ai une formation à ça. On se réunit dans l’Oise et je me rends compte qu’il y a plein de gens dans cette situation. On fait du lien, on devient amis, là il se passe des choses un peu plus intenses qui font qu’on survit à ce qu’il est en train de se passer.
Mais je ne peux pas rester sans salaire toute ma vie et le 8 novembre va arriver. Le directeur m’appelle « Karine, toujours pas de Covid ? Vous pourriez revenir 4 mois avec un QR code. » J’avais envie de l’avoir en fait, c’est un truc de dingue, vous allez presque lécher les verres des gens qui l’ont, ça crée vraiment des réactions de fous. Il insiste pour que je revienne, j’ai déjà passé un mois sans salaire et il faut que je continue à payer le loyer. Mais j’ai un peu d’argent de côté, c’est comme ça que je peux tenir, je ne vais pas y retourner maintenant. Donc j’appelle une collègue pour qu’elle s’occupe de ma stagiaire, à qui j’explique ensuite la situation. Elle avait besoin d’un formateur bienveillant, je lui dis que j’ai trouvé quelqu’un de très bien pour me remplacer.
Tous les samedis je continue à aller manifester, des collègues me demandent quand je reviens. Les jours passent et quelqu’un m’envoie un message sur un réseau « Je suis assistante sociale et moi je travaille. Dans le social on peut travailler sans être vacciné. T’es une bonne pro, t’es appréciée, t’es connue, trouve du travail Karine. » Je n’ai jamais été au chômage de toute ma vie, un matin j’ouvre l’ordinateur et sur Indeed je tombe sur une offre en CDD dans l’Oise, à l’ONF (Office National des Forêts). A mon âge je n’espère pas trop, je postule quand même en visio, je suis choisie et j’ai à nouveau une place dans la société. Parce que le travail ce n’est pas qu’un salaire, c’est une place, c’est le café du matin avec les collègues… Nous les travailleurs sociaux on est dans le domaine de l’aide, comme les soignants, on a besoin d’être dans ces relations-là, on a besoin d’aller travailler. C’est à Compiègne, à 1 h20 de route mais j’aurai une voiture de fonction, un salaire, et surtout je vais me retrouver dans un environnement qui me convient, qui de nouveau me valorise, avec des pros qui veulent me garder, alors qu’au CREDA on me dit presque que je suis une délinquante.
Je continue quand même d’être dans l’action. Mes amis de l’Oise me soutiennent, dont Valéry qui va m’héberger, me donner à manger avec le peu de ressources qu’il a et qui va aussi me convaincre de quelque chose d’important, c’est que j’ai de la valeur. Je lui dois beaucoup, je pense que s’il n’avait pas été là j’aurais peut-être fait une connerie malgré le tempérament que j’ai. Et là je me rends compte, après tout ce travail que j’ai fait en tant que travailleur social avec des gens marginalisés, que je suis à leur place et que c’est hyper difficile d’être à l’écart. On devient complètement invisible, transparent, en souffrance, sans jamais pouvoir en parler à personne, parce qu’en plus on n’a pas le droit de le dire. Dire « Je ne suis pas vaccinée » c’est un peu comme si on était sale.
Donc je continue d’aller à l’ONF et puis un jour il y a une formation à Paris. Il faut un QR code et quand je dis que je ne suis pas vaccinée, gros silence… Sur les 23 assistantes sociales qui sont là je suis la seule qui n’est pas vaccinée. Je suis très appréciée pour mon comportement, pour le travail que j’ai mis en place, mais là ça crée un blanc. « Ben comment tu vas faire ? » – « Je vais poser la question au centre de formation. S’il faut faire des tests, je les ferai à ma charge. » Je crains que mes collègues ne me voient plus de la même façon mais je ne cherche pas à me faire comprendre et je n’essaye pas non plus de les faire changer d’avis. Je les respecte, elles vont me respecter aussi et finalement ça va le faire.
À Amiens mon directeur espère toujours que je choppe le covid ou que je finisse par me vacciner. Il me donne des rendez-vous, mais en visio, on ne sait jamais… Je lui confirme que je ne change pas d’avis et je lui parle de nos valeurs « Regardez, on est en train d’exclure une partie de la population. Comment est-ce que vous pouvez faire ça, vous qui êtes travailleur social de formation ? Ces gens-là, moi j’en fais partie. »
Mon CDD va se terminer fin avril et l’ONF me dit « On veut vous garder, vous êtes une super pro, est-ce que vous voulez rester avec nous, on vous passe en CDI ? ». Mais le poste est à Fontainebleau, donc il faut déménager. Je suis un peu perdue, ma vie est quand même inscrite ici et un peu dans l’Oise. J’appréciais vraiment le travail et mes collègues de l’ONF, on n’en entend jamais parler mais là, avec les incendies, les techniciens forestiers sont sur le terrain avec les pompiers, ce sont vraiment des gens extraordinaires. Je ne sais pas quoi faire et ce sont les évènements qui vont décider. Il y a un problème avec le poste, il ne sera disponible qu’en septembre, ou octobre, ou novembre 2022. Donc je me retrouve de nouveau sans travail.
Je n’ai jamais été inscrite à Pole emploi, j’essaie d’ouvrir mes droits sur Internet et début juin je reçois un appel. Mon interlocutrice me dit « Mais vous n’êtes pas vaccinée, vous êtes suspendue ! » Je confirme et elle me dit « Vous n’avez pas compris. Quand on est suspendu on n’a pas de droits. Il faut vous faire vacciner ! ». Une attitude horrible, agressive, non respectueuse. Moi j’exerce dans la bienveillance, je ne comprends pas ce qu’il se passe, sauf que je n’aurai aucun droit…
Heureusement j’ai toujours mon emploi à temps partiel dans le centre de formation et ça me fait un peu d’argent tous les mois, parce que je suis en train d’épuiser mes réserves, mais ça ce n’est peut-être pas le plus grave.
Arrive la levée du pass sanitaire et des restrictions, on a enfin le droit de sortir, d’aller au restaurant sans QR code… J’attends avec impatience les présidentielles, je rêve d’un changement de président, d’un changement de système. On ne change pas de président… Dans le Pas de Calais une aide-soignante attendait qu’on change de président, elle y croyait vraiment. Elle s’est suicidée et ça personne n’en parle. Puis il y a les législatives, de nouveau je crois au changement, et non…
Je suis toujours suspendue, je ne peux pas rester comme ça, il faut que je trouve du travail. J’appelle mon employeur pour essayer de négocier une rupture conventionnelle. Je lui dis « Ça va me libérer et ça va vous libérer aussi ». Il ne veut pas, ça coûte de l’argent et il a trouvé quelqu’un en CDD pour me remplacer, mais surtout il veut que je revienne. Je lui dis « Alors faites-moi revenir, faites-moi réintégrer mon poste, je reviens, il n’y aucun problème. » Il finit par me répondre « Et bien démissionnez, démissionnez ! » Mais je ne veux pas, si je démissionne je perds tous mes droits alors que je n’ai rien fait de mal. Le DRH aussi insiste « Mais Karine, il faut revenir. Arrêtez vos bêtises, faites-vous vacciner ! » et il me conseille d’aller à Pole Emploi pour ouvrir mes droits. Est-ce que vraiment il ignore que quand on est suspendu on n’a aucun droit, pas de RSA, pas d’aides financières, qu’à Pôle Emploi on n’a droit à rien ?
Un matin je décide d’aller à la CGT pour voir ce que je peux faire. Je ne voulais pas embêter mon employeur, je le respectais, mais après quelques mois je me suis dit « Mais est-ce qu’il te respecte lui ? Est-ce qu’il s’inquiète de savoir si tu as à manger, si tu vas bien ? » Il faut que les employeurs réalisent ce qu’ils font, qu’ils entendent quand même que tout ça n’est pas normal. Ça m’est vraiment venu à l’esprit lors des entretiens en visio, dont un notamment que je garde en mémoire. Je n’avais pas retrouvé de travail, j’allais bosser chez un maraîcher bio dans l’Oise qui me donnait des légumes en guise de salaire parce qu’il ne pouvait pas me payer. Ce jour-là j’ai un entretien en visio avec le directeur territorial et le DRH. Ce sont des gens avec qui j’ai travaillé en proximité, qui m’appelaient Karine, qui sont venus à l’enterrement de mon époux, bref des gens qui faisaient partie de ma vie. Là je m’écroule, je pleure et ils me disent « Vous vous rendez compte de ce que vous faites ? Vous participez à ça ! On est désolé mais on va arrêter là l’entretien. » J’ai du mal à y croire, on est dans le social, dans la solidarité, dans l’associatif et je suis traitée comme ça ! Et j’ai réalisé que je ne me verrais pas retourner sur ce lieu de travail.
A la CGT, pour une fois je tombe sur une personne qui n’est pas vaccinée et qui du coup comprend ma situation « Vous avez raison, vous les suspendus on vous a oubliés. Nous, les syndicats, on a vraiment été nuls. On va essayer de voir ce qu’on peut faire, collectivement peut-être. » Beaucoup de gens en France ont créé des associations, des collectifs. Des soignants qui ne veulent plus retourner dans ce système ont fait valoir leurs droits et certains ont pu obtenir une rupture conventionnelle, parce qu’à un moment il faut arrêter de faire souffrir les gens. Je lui parle des autres suspendus sur Amiens et le lendemain je reviens avec une amie qui représente notre groupe, qu’on appelle les « covipotes ».
Je poursuis quand même mes démarches et j’obtiens un rendez-vous à Pole Emploi. Cette fois je tombe sur quelqu’un qui m’écoute, qui me respecte « Mais qu’est-ce que vous faites là ? Avec vos diplômes, vos formations, du travail vous allez en retrouver rapidement ». Je lui parle de ma première tentative à Pôle Emploi « Je suis non vaccinée, je n’ai tué personne, je n’ai pas fait de faute au travail, je ne suis pas une délinquante, mais je suis suspendue. Comment vous allez faire ? Ça m’intéresse vraiment. » Elle va chercher la responsable et là coup de chance « Mais Karine, on se connaît. Vous avez accompagné des gens pour nous. Qu’est-ce que vous faites là ? » – « Je cherche du travail. Je ne suis pas vaccinée, je suis suspendue sans salaire. » Elle me dit « Les soignants eux n’ont droit à rien, ou il faut qu’ils changent de travail. Vous, vous êtes dans le social, on va voir ce qu’on peut faire pour vous, vous allez passer en commission. »
Entretemps je retrouve du travail, de nouveau dans l’Oise et toujours en CDD. Au 1er septembre je serai assistante sociale pour les étudiants au CROUS sur Compiègne, Saint Quentin et Lens. Parmi plusieurs personnes ils ont retenu ma candidature, moi la plus âgée. Ils savent que je ne suis pas vaccinée, dans la région les professionnels se connaissent tous, mais on n’en parle pas. On est dans le social, pas le médico-social, il n’y a pas d’obligation vaccinale même si je vais faire le même travail… Ça va être très compliqué parce que c’est loin et avec le prix de l’essence la moitié de mon salaire va passer en frais de déplacements, mais travailler c’est important pour moi. Je suis contente et je remercie vraiment ces gens-là de m’avoir choisie. Mais je continue à voir les soignants suspendus, qui eux ne peuvent toujours pas aller travailler.
BLANC
Une société qui se dégrade
Durant toute cette période j’ai rencontré des gens très en détresse, des gens qui se sont fait vacciner par terreur, des gens de tous les âges qui ne sont pas morts et qui ne sont même pas passés par l’hôpital, mais qui étaient dans un tel état d’angoisse et de peur créé par le gouvernement, alimenté par les médias, qu’ils ne pouvaient qu’être malades. Il y avait quelque chose d’auto induit. J’ai accompagné des gens qui avaient eu 3 doses, qui chopaient quand même le covid et qui ne comprenaient pas. Ça, j’en ai accompagné beaucoup au mois de décembre.
Je n’ai toujours pas l’intention de me faire vacciner. Je n’ai pas fait tout ça pour subir une vaccination que je ne souhaite pas. Ma fille est vaccinée 2 doses, elle a eu le covid pour la 3ème dose. Mon autre fille a fait la même chose, c’est à dire vaccinée 2 fois, pour sortir… Pour sortir ! Et la 3ème fois covid ! Des gens qui ont peur d’une obligation de 4ème dose j’en connais plein. Ils me disent « Moi je ne vais pas faire ça ! J’ai été malade à la 2ème dose, j’ai été malade à la 3ème dose, j’ai quand même eu le covid. A quoi ça sert ? » Et les effets indésirables ? J’ai des amis qui ont des problèmes articulaires, des problèmes aux os, j’ai une amie qui a de l’arthrose dans les mains, elle a 47 ans, elle n’avait jamais eu d’ennuis de santé. C’est quelqu’un qui est vacciné 3 doses, qui est dans le système. Quand elle a dit « Je pense que c’est le vaccin » on lui a répondu « Mais non, il ne faut pas dire ça. » Pour la plupart des médecins c’est impossible, ce n’est pas entendable, parce que ça remettrait trop de choses en question.
Moi je vais chercher l’information partout, dans les médias classiques et dans les médias alternatifs. J’ai un master de psycho-pathologie clinique et j’ai appris que pour se construire un point de vue il faut entendre tous les avis. Il y a quand même des choses et des gens qui tiennent la route, comme le Pr. Perronne que j’ai beaucoup écouté et qui aujourd’hui est mis à mal, alors que c’est un expert reconnu qui n’a jamais été contre les vaccins. C’est quand même ahurissant qu’on soit capable de dire que ces gens-là sont des fous. Donc j’ai écouté et les médecins qui disaient qu’il faut se faire vacciner, et ceux qui disaient qu’il y a d’autres solutions, et ceux qui disaient que c’est quand même un droit de ne pas se faire vacciner. Et là ça devenait une prison, une prison de la pensée gouvernementale qui faisait de vous un marginal, comme s’il y avait deux files, d’un côté ceux qui pensent bien et de l’autre les irresponsables.
Et comme ça on en est arrivé à toutes les absurdités. J’étais allée manger une gaufre en ville. Je ne pouvais pas m’asseoir à la terrasse mais par contre je pouvais la prendre et me poser dans l’herbe à 1m50. Mais quand vous alliez faire la queue pour être servie les gens vous regardaient. Une personne est même venue me voir en disant « Si vous n’êtes pas vaccinée je ne vois pas pourquoi vous venez prendre une gaufre. » Je lui dis « Je ne peux pas m’asseoir mais vous savez, ma gaufre, j’ai le droit de la manger à coté de vous. » On voit bien toute l’incohérence et la stupidité du système qui a été instauré et la folie qui s’est créée, qui a été entretenue.
J’ai voulu faire la balance bénéfice-risques et quand j’ai rencontré des médecins qui ne se sont pas fait vacciner ils m’ont dit « De toutes façons si tu tombais malade l’hydroxychloroquine ça marche. » Donc moi je n’ai pas eu peur, je pensais qu’il y avait des précautions à prendre, comme de bien se laver les mains quand il y a une gastro, mais il y a aussi des traitements. Ils ne coûtent rien, mais on n’a plus le droit de les prescrire ! C’est la 1ère fois que les médecins acceptent qu’on leur interdise de prescrire quelque chose ! Ça c’est incroyable.
Et la question du secret médical ! Ils ont laissé ouvrir la boite de Pandore… J’ai travaillé en CMPP (Centre Médico-Psycho-Pédagogique) et quand j’avais besoin d’une information c’était la galère, au moindre truc « Non c’est secret médical. » Et là plus rien n’est secret, ni le vaccin, ni les traitements.
Je pense qu’au départ les gouvernements ont eu peur, et après il y a autre chose qui s’est mis en place, qui était sans doute en préparation, et je suis stupéfaite que les gens ne réagissent pas. Sur mon lieu de formation pour les étudiants travailleurs sociaux il y a des distributeurs de café, comme partout, c’est pour ça que je garde toujours un peu de monnaie. Un jour j’arrive au distributeur et ce n’est plus possible, il faut la carte bancaire. Et c’est comme ça que petit à petit l’argent liquide va disparaître, à un moment donné il n’y aura plus que de l’argent virtuel. Ça veut dire que si un jour on veut couper mes ressources il n’y aura même plus besoin de suspension, on bloquera ma carte et je ne serai plus rien dans une société où c’est déjà bien compliqué. Je pense vraiment que la société est en train de se dégrader.
Aujourd’hui des systèmes se construisent en parallèle de la société actuelle, il y a énormément d’éco-lieux, d’écovillages, de groupements, plein de choses qui se mettent en place, et c’est là qu’on trouve de la solidarité, parce que la société actuelle ne le permet pas. Donc il y a quand même des choses qui bougent et j’espère que le système législatif va permettre de faire entendre des points de vue différents. Je suis un travailleur social, jamais je ne pourrais être Front National. Néanmoins je constate qu’il y a un respect plus important de l’individualité dans certains partis que dans d’autres. J’avais toujours été dans le système, au moment du premier mandat d’Emmanuel Macron on m’avait même proposé de me présenter comme député « En Marche ». Je me suis dit « Pourquoi pas ? » C’était un jeune, je pensais qu’il allait peut-être changer les choses, mais quand je me suis rapprochée de ce parti j’ai compris qu’on ne nous demandait pas de penser en fait, mais de suivre. Et moi, je ne suis pas une suiveuse, je sais être avec l’autre, je sais travailler en équipe, mais on ne peut pas m’empêcher de poser des questions, tant dans ma vie perso que professionnelle, ce qui fait que je n’ai pas suivi.
Aujourd’hui je suis toujours marginalisée. Sur Amiens on me connaît comme quelqu’un de suspendu, ce qui fait que parfois, par rapport à mes collègues je me sens inférieure, je me sens sale parce que moi je ne suis pas vaccinée, donc je suis une personne qui peut être mise à l’écart. J’ai eu des remarques de certains collègues « Mais en fait t’es extrême droite toi. » – « Ah bon ? Moi extrême droite, moi qui ai fait du Samu social au moment du confinement, moi qui ai fait du bénévolat et de l’associatif ? Aujourd’hui, tu peux me regarder en supposant ça ? » Il y a des choses très, très fortes comme ça dont on ne se rend pas compte.
Ma meilleure amie est vaccinée mais on s’aime, on se respecte, on discute. Un jour je vais manger chez elle et les chiffres de la Haute Autorité de Santé venaient de sortir. Ce n’était pas des trucs de complotistes, c’était les véritables chiffres du Covid, c’était sorti dans le Courrier Picard, ici, dans la Somme. Je lui dis « De toutes façons t’as vu les chiffres officiels sont sortis… » Elle me coupe la parole « Oh arrête, arrête de raconter des mensonges ! » Je la regarde, elle qui était témoin quand je me suis mariée à l’hôpital parce que mon époux était en lit médicalisé, elle qui me connaît bien, qui connait mes idées plutôt de gauche, de vivre ensemble, de solidarité… Je lui dis « T’es en train de me dire que je te mens, moi, ton amie ? Et pourquoi je ferais ça ? » Je suis blessée, je repars en voiture en pleurant et le soir elle m’envoie un message « Attends, je suis con. Dis-moi où tu as eu tes chiffres, je vais regarder. » Je lui réponds « Non, en fait je n’ai même pas envie de te le dire, j’ai envie de te dire cherche toute seule, j’ai envie de te dire regarde le Courrier Picard… »
On est toujours amies, mais on voit comment ces mesures gouvernementales, autoritaires et dictatoriales, sont venues séparer les gens, semer la division jusque dans les familles, exclure des individus. Jamais je n’aurais pensé vivre ça, moi qui étais dans le système, qui bénéficiais des avantages du système, de la sécu, d’une mutuelle d’entreprise, qui étais intégrée, qui espérais avoir une retraite… Mais je n’y crois plus du tout. Je me suis rendue compte que je pouvais être précarisée du jour au lendemain, que ce système, en fait, il est pervers et particulier. Il m’a mise à l’écart. Et les gens autour de moi ont laissé faire.
Certains ne se sont pas rendus compte, mais beaucoup ne veulent surtout pas savoir. Il y a des gens qui font la queue ici et d’autres qui font la queue là, il y a ceux qui peuvent aller à l’hôpital et ceux qui ne peuvent pas. J’ai une dame qui a réussi à trouver mon numéro de téléphone personnel et qui m’a appelée en disant « Je veux savoir si vous avez un cancer, parce que vous n’êtes plus au travail. Je veux savoir quand vous allez revenir, parce que moi j’ai besoin de vous. » J’ai dit à cette personne qui avait besoin d’écoute « Venez chez moi et on va travailler ensemble quand même. Je vais vous soutenir autrement, sans être payée. OK ? ». Elle m’a ramené des pommes, j’étais super heureuse, voilà, il n’y avait pas de dette dans cette histoire. Quand elle est arrivée elle m’a dit qu’elle ne pouvait plus aller voir la psychologue de l’hôpital. J’ai demandé pourquoi. « Parce que je ne suis pas vaccinée… » Et là il y a dysfonctionnement institutionnel !
Je l’ai aidée, je l’ai écoutée, je l’ai accompagnée, j’ai fait mon travail d’être humain avant tout et quand elle est partie j’ai appelé ma collègue de l’hôpital, qui était une amie. « Salut, comment tu vas ? Tu vois encore la famille machin ? » – « Non » – « Pourquoi ? » – « Ben, je ne sais pas. » – « T’es sûre que tu ne sais pas ? » – « Ben non… Ah oui, je crois qu’elle n’est pas vaccinée. » – « Ah oui, donc toi tu es psychologue, on a travaillé des années ensemble pour que ces gens-là aient accès à nous, parce qu’aller voir la psy ou l’assistante sociale ce n’est pas facile, tu sais qu’elle veut venir te voir et parce qu’elle n’a pas de QR code tu ne la reçois pas ! Cette personne-là a besoin de toi et tu ne la reçois pas ? » Elle m’a dit que j’étais complotiste et m’a raccroché au nez. Je ne comprends pas, on a travaillé 20 ans ensemble, on est des amies, on connaît nos vies respectives, les galères qu’on a traversées, et elle ne veut pas m’entendre. Mais en quoi cette dame était dangereuse parce qu’elle n’était pas vaccinée ? Plus dangereuse que des gens qui pouvaient entrer parce qu’ils avaient 3 doses, mais qui chopaient le covid 8 jours après et qui pouvaient le transmettre ? J’ai quand même su après qu’elle a fait passer cette dame par l’escalier du parking du personnel et qu’elle a continué à la voir. Elle a donc bien conscience que tout ça n’est pas normal.
Moi je ne peux même pas retourner sur mon lieu de travail pour récupérer mes affaires personnelles, ma lampe de bureau que j’avais ramenée de la maison, un objet de mon époux qui était un grand passionné de BD, je ne peux même pas venir les chercher, je trouve ça incroyable.
Jamais je n’aurais quitté le CREDA s’il n’y avait pas eu ça. Mais cette expérience m’a permis de voir autre chose, de découvrir des gens exceptionnels, de rencontrer les « covipotes », de comprendre que dans les médias d’aujourd’hui, à la télé, il y a énormément de mensonges et de manipulations. Je n’avais pas réalisé ça parce que j’étais à l’intérieur du système.
Financièrement c’est difficile, je suis passée dans la précarité, mais l’important c’est que j’ai une famille, des amis et que ces gens-là sont présents. Et si je rencontrais Macron je pourrais lui dire « Vous avez fait souffrir beaucoup de monde, mais en fait vous avez ouvert les yeux de bien des gens. » Je pense que ce n’est pas vraiment ce qu’il avait envie de faire…
Témoignage recueilli en août 2022
