Pourquoi ?
C’est une page de notre histoire, il faut en garder la trace
« Nous ne reverrons jamais le monde que nous avons quitté il y a un mois » écrivait Stéphane Audoin-Rouzeau un mois à peine après le début du 1er confinement, dans un article publié par Mediapart le 12 avril 2020. Alors où en sommes-nous aujourd’hui ?
Mai 2023, la fin de la suspension des personnels concernés par la loi du 5 août 2021 a été présentée comme un retour à la normale. En réalité pour la majorité d’entre eux il n’en est rien. Épuisés par vingt mois d’épreuves et de sacrifices beaucoup n’ont jamais pu ou voulu réintégrer leur poste. Parfois jugés inaptes à la reprise, ou poussés à la démission par l’acharnement de la hiérarchie ou l’hostilité des collègues, ou pour bien d’autres raisons encore, comment s’en étonner lorsqu’on a été chassé du jour au lendemain après avoir voué sa vie au service des autres ? Comment s’en étonner alors que le Sénat n’a jamais examiné le texte voté le 4 mai 2023 par l’Assemblée Nationale, portant abrogation de l’article de la loi du 05 août 2021 relatif à la suspension de ces salariés. Dès lors l’abrogation n’a jamais été ratifiée et la suspension peut être réactivée à tout moment, telle une épée de Damoclès planant indéfiniment au-dessus de leur tête. Pour eux donc pas de retour à la normale.
Et nous, avons-nous retrouvé « le monde que nous avons quitté » le 17 mars 2020 ? Sommes-nous sortis de ce « temps de guerre » dont parle l’historien ? Quelles limites avons-nous franchies au cours de ce séisme sociétal ? Dressons-en le constat : Atteinte sans précédent au droit du travail, médecins condamnés pour avoir soigné, abandon du principe de précaution et du consentement libre et éclairé avec un essai clinique effectué sur des populations entières par incitation mensongère ou imposition sous contrainte, règlements supra nationaux et lois nouvelles qui rognent peu à peu des libertés acquises par nos aïeux souvent au prix du sang, etc… La liste est bien trop longue pour en faire ici l’inventaire, mais le concept nouveau qui banalise des termes aussi antinomiques que « malade asymptomatique » doit nous interroger : ne sommes-nous pas passés dans le « monde d’après »?
C’est pour nous alerter que les suspendus sont allés au bout de leurs convictions. Ils ont été les sentinelles de nos droits et de nos libertés. Ne laissons pas leur combat tomber dans l’oubli.
Leur donner un visage, leur donner la parole, les aider

Pourquoi ce site ? Parce que pendant 20 mois, dans l’indifférence quasi générale et le silence assourdissant des médias de grande diffusion, des personnels soignants, des pompiers, des professionnels des métiers les plus divers ont été suspendus, sans salaire, sans chômage ni RSA, sans le moindre soutien ni aide d’aucune sorte.
Au printemps 2020 ces soignants sauvaient nos vies au péril de la leur, un an plus tard ils étaient bannis. Ils étaient nos héros, ils sont devenus des ombres, la société détourne le regard et leur ferme ses portes. Certains ont pu surmonter les souffrances et recommencer à vivre, d’autres ont tout perdu et ne s’en relèvent toujours pas.
Ce site est un manifeste contre cette injustice afin de leur offrir une visibilité, de porter leur voix et surtout les aider, comme eux l’avaient fait pour nous et nos proches sans aucune hésitation, au plus fort de la crise.
Hier elles ou ils étaient nos héros
Mars 2020, chaque jour à 20h la France toute entière les applaudissait aux fenêtres. Envoyés au combat en première ligne, sans équipements, sans armes, sans consignes, avec pour seul réconfort la solidarité qui les unissait, aucune d’entre elles, aucun d’entre eux ne comptait ses heures, ne ménageait ses efforts, même aux heures les plus sombres de la crise. Ils étaient nos héros, mais dans l’anonymat de leur engagement quotidien ils ne revendiquaient pas ce statut, ils faisaient simplement ce qu’ils ont toujours fait, ils exerçaient leur métier, accomplissant ce qu’ils estimaient être leur devoir. Craignant pour eux-mêmes, pour leurs familles, ils n’ont jamais failli.
Nous pouvions tous compter sur eux
La peur avait pris toute la place, face à la menace sournoise et impalpable d’un virus potentiellement mortel nous vivions tous dans l’angoisse, confinés mais à l’abri, pendant qu’eux luttaient pied à pied pour éteindre l’incendie. Mais surtout nous savions tous que si nous étions touchés ils seraient là pour nous, ils veilleraient sur nous, ils seraient notre dernier rempart.
Extraits du discours d’Emmanuel Macron le 16 mars 2020 : « Nos soignants se battent pour sauver des vies, avec dévouement, avec force… La Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne dans un combat qui va leur demander énergie, détermination, solidarité. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons évidemment les moyens, la protection. Nous serons là… Nous ferons preuve de la même force d’âme, de la même abnégation patriote que démontrent aujourd’hui nos personnels soignants, nos sapeurs-pompiers…» .
Seize mois plus tard
Mars 2020 c’était donc le message du président, « La Nation soutiendra ses personnels soignants. Ils ont des droits sur nous. Nous leur devons la protection, nous ferons preuve de la même abnégation patriote que démontrent aujourd’hui nos personnels soignants, sapeurs-pompiers… ».

Eté 2021, que restait-il de ces belles déclarations, des bravos et des applaudissements qui faisaient vibrer la France à l’unisson ? Leur combat héroïque avait réveillé l’union nationale, à présent la société se fracture et ce sont eux qui en payent le prix.
12 juillet, 5 août, 15 septembre 2021… Trois dates qui ébranlent notre démocratie, trois dates gravées dans la mémoire de tous ceux qui, en l’espace de deux mois, ont vu leur vie basculer à tout jamais. Ils sont des dizaines de milliers, ce sont nos concitoyens, nos sœurs, nos frères, tous avaient consacré leur vie à prendre soin des autres. A présent ils sont mis au ban. Seraient-ils soudainement devenus des égoïstes et des irresponsables ?
Que leur reproche-t-on ? Simplement d’exercer l’un des droits les plus fondamentaux de l’être humain, celui de disposer de son corps, droit imprescriptible que la Constitution française et toutes les législations nationales, européennes et internationales leurs reconnaissent, le droit au consentement libre et éclairé, le droit d’accepter ou de refuser un traitement.
L’injection d’un vaccin d’une technologie nouvelle, en cours d’expérimentation, entre dans ce cadre. Ces personnels ont soigné les malades de la Covid, ils ont aussi constaté les premiers effets de ces vaccins encore en phase d’essais cliniques sur des personnes en bonne santé. Ils connaissent bien la notion de bénéfice/risque, de nombreux signaux les ont incités à la prudence.
Ont-ils raison ou tort ?
La finalité de ce site n’est pas de trancher cette question mais de les entendre. Ils sont soignants, ils sont sur le terrain, ils méritent d’être écoutés, leurs avis ont au moins autant de valeur que ceux des journalistes ou des « experts » des plateaux télé.
On sait que la sanction de suspension ne s’appuyait sur aucune étude scientifique puisque la capacité de ces nouveaux vaccins à empêcher la transmission de la maladie n’avait pas été testée par les fabricants. Cette obligation vaccinale n’avait donc aucune justification sanitaire.
Alors qu’est-ce qui a motivé cette suspension et qui faut-il croire ? Ceux qui ont intérêt à promouvoir cette vaccination ou ceux qui ont tout à perdre à s’y opposer ? Pourquoi ceux-là ont préféré payer le prix fort en ne se soumettant pas à une injonction qui, deux ans plus tôt aurait essuyé le rejet unanime de la population, car qui en 2019 aurait trouvé normal l’obligation de se faire injecter un produit expérimental ? Pire encore, de le faire injecter à ses enfants ! Comment peut-on appeler « choix » un ultimatum qui ne laisse pour seule alternative que la mort sociale, la perte de son travail, de son salaire et de tous ses droits ? Combien de vocations détruites, combien ne se remettront jamais de ce traumatisme, combien ont quitté pour toujours les métiers du soin, combien ont dû renoncer à leurs projets, combien sont endettés à vie, et combien ont mis fin à leurs jours ne supportant pas ce que ce monde augure ? Quelles conséquences sur notre vivre-ensemble, sur notre système de santé, sur nos libertés, sur nos valeurs les plus fondamentales ? Et beaucoup d’autres questions encore, restées sans réponses parce que sans débat, mais qui ont fini par diviser la société en deux catégories de citoyens.
Au travers des nombreux témoignages de suspendus ce site offre un éclairage sur les aspects de cette crise qu’aucun des médias de grande diffusion n’a révélés.
Un site, des expositions, un livre… Un parrainage et des aides.
C’est au cœur des manifestations de l’été 2021 qu’a germé l’idée de ce site. Nous sentions tous que nous vivions un moment charnière et les personnels soumis à ce chantage à l’emploi ont aussitôt adhéré au projet : « C’est une page de notre histoire, il faut en garder la trace. »
Le collectif LES ESSENTIELS a ainsi fédéré 150 photographes qui se sont relayés partout en France afin de nous sensibiliser à la situation individuelle de chacun de ces professionnels du soin ou des métiers les plus divers interdits d’exercer. Premier objectif : réaliser leurs portraits, recueillir leurs témoignages, les sortir de l’oubli et constituer une vaste base de données à l’échelle nationale. A mesure que cette documentation s’enrichit elle alimente le site et fait l’objet d’expositions dans tous les lieux qui acceptent de les accueillir.
De nombreux artistes parrainent notre initiative et ont soutenu nos appels aux dons (page Les Aider) relayés par des médias indépendants, seuls à avoir diffusés une information impartiale sur les suspendus (voir liens ci-dessous). Nous les en remercions vivement ici, ainsi que les donateurs dont la générosité a permis de venir au secours de nombreux professionnels laissés sans ressource suite à la loi du 5 août 2021. Une mention spéciale enfin au Professeur Alexandra Henrion-Caude qui nous a cédé les droits d’auteur de son livre « Les Apprentis Sorciers » pour venir en aide aux suspendus et qui a sans relâche évoqué leur sort lors de chacune de ses interventions médiatiques.
Un engagement bénévole et citoyen
La participation de tous est entièrement bénévole. Les personnes photographiées acceptent que leur image soit exploitée, dans le cadre de ce projet, sur le site LES ESSENTIELS, dans des expositions, un livre à venir, ou pour illustrer des articles de presse. Dans les mêmes conditions les photographes cèdent les copyrights de leurs images au collectif LES ESSENTIELS.
Nos actions et ce site ne sont rattachés à aucun parti ni mouvement politique. Ils font appel à l’esprit de solidarité de chacun et aux valeurs de la République, Liberté-Egalité-Fraternité, afin de construire un monde plus juste, plus humain, où les mots Solidarité, Fraternité, prennent tout leur sens.

Lorsque l’on pousse des soignants vers la sortie alors que les déserts médicaux prospèrent et que l’accès aux soins devient de plus en plus problématique, nous sommes tous concernés. Est-ce vraiment cela le système de santé dont nous voulons ? « Indignez-vous ! » écrivait Stéphane Hessel. Plus que jamais ces mots résonnent avec une particulière acuité.
A l’instar des centaines de livres qui ont été écrits durant cette sombre période de notre Histoire, puisse ce site participer à une prise de conscience de tous nos concitoyens.
Mars 2026
« Le nouveau monde ne sera pas construit par ceux qui restent à l’écart les bras croisés, mais par ceux qui sont dans l’arène, les vêtements réduits en haillons par la tempête et le corps mutilé par les événements. L’honneur appartient à ceux qui jamais ne s’éloignent de la vérité, même dans l’obscurité et la difficulté, ceux qui essayent toujours et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, l’humiliation ou même la défaite. Le sens des mots véritables que l’on prononce doit être validé par des actes quotidiens. Rappelons-nous que ce sont des gens ordinaires – les hommes et les femmes, les garçons et les filles – qui font du monde un endroit spécial. »
Nelson Mandela
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Pour aller plus loin
La remarquable prise de parole de Vincent Bonaldi au Sénat le 7 novembre 2023
Nos communicatins
- 21 décembre 2024 – Suspendus : témoignages de soignants 3 ans après
- 4 décembre 2024 – Tête à tête avec Carlo Brusa
- 23 octobre 2023 – Situation désespérée pour les soignants suspendus non réintégrés
- 18 octobre 2023 – Lettre ouverte au Conseil de l’Ordre
- 9 septembre 2023 – Le calvaire des personnels suspendus n’est pas fini
- 1er avril 2023 – Expliquer la levée de l’obligation vaccinale est un exercice délicat…
- 27 décembre 2022 – Appel à aider les suspendus
- 28 mars 2022 – Dernier volet du plan de démantèlement de notre système de santé ?
- 28 décembre 2021 – L’union des artistes va permettre de faire face à cette injustice